Russie : Boris Johnson accuse Londres de "financer la machine de guerre de Poutine"

Un ancien Premier ministre britannique retourne l’accusation contre son propre pays. Boris Johnson a dénoncé, ce 2 juillet sur le réseau social X, l’insuffisance des sanctions occidentales contre la Russie, pointant du doigt une licence d’importation accordée par le gouvernement de Keir Starmer qui permettrait au Royaume-Uni d’acheter du carburant d’aviation issu de pétrole russe raffiné dans des pays tiers.

Son message intervient au lendemain de frappes russes sur Kiev, présentées par Moscou comme une riposte aux attaques ukrainiennes contre des dépôts pétroliers en Russie. Johnson y affirme que « l’argent britannique aide à financer la machine de guerre de Poutine », jugeant la situation intenable pour un pays qui se présente comme un pilier du soutien occidental à l’Ukraine.

Une licence controversée délivrée en pleine crise pétrolière

La faille visée par l’ancien chef du gouvernement conservateur remonte à une décision prise par l’exécutif travailliste en mai 2026. Face à la flambée des prix du carburant provoquée par le blocus du détroit d’Ormuz et la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, Londres a délivré une licence autorisant l’importation de diesel et de kérosène issus de brut russe, à condition que le raffinage ait eu lieu dans un pays tiers. Le même texte ouvre la voie au transport maritime de gaz naturel liquéfié russe provenant des terminaux de Sakhaline-2 et de Yamal.

La cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, avait déjà qualifié la mesure de « folie », rappelant qu’elle survenait alors que des députés travaillistes venaient de voter contre de nouvelles licences d’extraction pétrolière et gazière en mer du Nord. L’ancien attaché militaire britannique à Moscou, John Foreman, avait de son côté jugé la décision « cynique mais compréhensible » auprès du média ukrainien Kyiv Independent, estimant difficile pour Londres de revendiquer un rôle de chef de file de la coalition de soutien à Kiev tout en concluant ce type d’arrangement.

Le levier des avoirs gelés, autre cible des critiques de Johnson

Au-delà du carburant, Boris Johnson réclame un démantèlement systématique de la flotte fantôme de pétroliers utilisée par Moscou pour contourner les sanctions, ainsi qu’un transfert aux Ukrainiens des centaines de milliards d’actifs russes gelés en Occident depuis 2022. Il avait déjà critiqué en décembre 2025 l’inaction de Starmer sur ce dossier, rappelant que le Royaume-Uni détient à lui seul environ 15 milliards de livres d’avoirs russes sans qu’aucune initiative n’ait été prise pour les mobiliser.

Sur le plan européen, la question des avoirs gelés a débouché en 2026 sur un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, adossé aux 300 milliards d’euros de réserves de la banque centrale russe immobilisées depuis le déclenchement de l’invasion. L’Union européenne a par ailleurs adopté en avril son 20e train de sanctions, suivi d’un 21e paquet présenté début juin par Ursula von der Leyen, concentré sur l’énergie, les services financiers et les crypto-actifs. Ces mesures ont fait chuter les recettes énergétiques russes d’environ 40 % en début d’année, un effet toutefois atténué par les turbulences pétrolières liées au conflit iranien, qui ont aussi conduit Washington à assouplir temporairement certaines de ses propres restrictions sur le brut russe. C’est dans cette situation, où Bruxelles durcit le ton pendant que Londres et Washington ménagent des exceptions ponctuelles, que la sortie de Boris Johnson intervient.

Le régime de sanctions économiques de l’Union européenne arrive à échéance le 31 juillet 2026 et devra faire l’objet d’un renouvellement par le Conseil, tandis que le sommet de l’OTAN prévu les 7 et 8 juillet en Turquie devrait remettre la question du soutien militaire et financier à l’Ukraine au centre des discussions entre alliés.

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