Un groupe de sénateurs américains a dévoilé mardi 14 juillet à Washington un vaste projet de loi de sanctions contre la Russie, texte que ses auteurs ont exhorté le Congrès à adopter rapidement en hommage à l’un de ses principaux artisans, le sénateur républicain Lindsey Graham, mort subitement samedi à l’âge de 71 ans peu après son retour d’un déplacement en Ukraine.
Ce texte américain s’ajoute au dispositif déjà déployé par l’Union européenne, qui a renouvelé fin juin ses sanctions économiques pour une année supplémentaire, jusqu’au 31 juillet 2027, abaissé son plafond sur le prix du pétrole brut russe à 47,6 dollars le baril et étendu sa liste noire de navires visant la flotte fantôme russe à près de 600 bâtiments, selon le Conseil de l’UE, qui évalue à près de 80 % la baisse des recettes pétrolières et gazières russes depuis l’instauration de ces mesures. Washington entend désormais frapper directement les acheteurs de pétrole et de gaz russes, un levier resté bloqué au Congrès depuis plus d’un an faute de feu vert de la Maison-Blanche.
Un texte centré sur les revenus pétroliers et gaziers russes
Baptisé « Sanctioning Russia Act of 2026 », le projet de loi prévoit un ensemble de sanctions obligatoires contre des responsables russes, notamment des dirigeants politiques et militaires, dont Vladimir Poutine, ainsi que des oligarques, des entreprises publiques et des sociétés étrangères accusées de soutenir l’industrie de défense russe. Selon un collaborateur du Sénat, le texte cible principalement les revenus issus des hydrocarbures, une ressource essentielle au financement des opérations de Moscou en Ukraine. Il prévoit également des mesures contre la flotte fantôme russe, certains projets énergétiques et des institutions financières liées au pays.
Sur le plan commercial, cette législation donnerait aux États-Unis la possibilité d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les principaux acheteurs de pétrole brut et de gaz naturel russes, notamment la Chine et l’Inde. Une exception pourrait toutefois concerner les pays dont les importations représentent moins de 15 % des exportations gazières russes, à condition qu’ils réduisent de manière importante leurs achats auprès de Moscou.
Un soutien croissant au Sénat, une adoption espérée avant août
Le président Donald Trump a estimé mardi que le projet de loi avait de fortes chances d’être adopté, tout en indiquant qu’il pourrait intégrer de nouvelles dispositions visant l’Iran et le Hezbollah. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal, qui porte le texte avec Lindsey Graham depuis son lancement, a jugé possible une adoption avant le mois d’août. Il a rappelé que le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, était disposé à soumettre le texte au vote dès que le nombre de soutiens nécessaires serait atteint. Mardi après-midi, plus d’une vingtaine de sénateurs issus des deux grands partis avaient déjà apporté leur soutien à la proposition.
De son côté, la Chambre des représentants a adopté le mois dernier sa propre version du projet, comprenant notamment plus d’un milliard de dollars d’aide destinée à la sécurité et à la reconstruction de l’Ukraine, ainsi que huit milliards de dollars supplémentaires sous forme de prêts pour renforcer la défense de Kiev. Les deux chambres du Congrès devront désormais trouver un compromis afin d’harmoniser leurs textes avant une éventuelle adoption définitive.
Un texte négocié pendant près de deux ans
Le sénateur Graham avait annoncé vendredi, la veille de sa mort, qu’un accord venait d’être trouvé avec la Maison-Blanche pour faire avancer le texte. Il revenait alors d’un déplacement à Kiev où il s’était entretenu avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Blumenthal a résumé le parcours du texte en soulignant sa longue gestation : « Ce projet de loi a été négocié sur près de deux ans, minutieusement, parfois douloureusement, longuement. »
La succession de Graham au Sénat a été réglée dans la foulée : sa sœur, Darline Graham Nordone, a été nommée par le gouverneur de Caroline du Sud pour achever son mandat. Le calendrier précis d’un vote au Sénat restait, à ce stade, à confirmer, les dirigeants des deux partis devant encore s’accorder sur la version finale du texte avant toute mise aux voix.
