Une déclaration diplomatique a ravivé, en quelques jours, une fracture politique restée vive depuis la crise franco-algérienne de 2021. Jordan Bardella, Bruno Retailleau et Éric Ciotti ont dénoncé, entre le 16 et le 18 juillet, l’annonce faite par l’ambassadeur de France en Algérie sur la délivrance de visas. Stéphane Romatet avait évoqué, le 15 juillet dans un entretien au média Tout sur l’Algérie, la perspective d’un retour à 250 000 visas annuels pour les ressortissants algériens.
L’origine de la controverse
Romatet a indiqué vouloir « faire en sorte que ce volume puisse redémarrer à la hausse », un niveau qu’il a présenté comme antérieur à la crise diplomatique ouverte à l’automne 2021. Cette crise avait entraîné une division par deux des visas accordés à l’Algérie, sur fond de désaccords concernant la réadmission des ressortissants sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). L’ambassadeur, rappelé à Paris en 2025 avant son retour à Alger début mai 2026, présente cette hausse comme une conséquence logique du dégel bilatéral engagé au printemps.
Selon la Direction générale des étrangers en France, dont les statistiques ont été publiées le 30 juin 2026, les Algériens ont obtenu environ 204 000 visas en 2025 (185 871 de court séjour, 18 371 de long séjour), soit 18 % de moins que le niveau évoqué par Romatet. Le Maroc, à titre de comparaison, a obtenu à lui seul 267 559 visas de court séjour la même année, tandis que la délivrance globale française progressait de 3,5 %.
Le Quai d’Orsay tempère l’annonce
Le ministère français des Affaires étrangères a apporté une clarification dès le 16 juillet, après la polémique suscitée par l’entretien de l’ambassadeur. Il a affirmé qu’aucun objectif chiffré n’avait été formellement fixé et que le sujet des visas ne figurait pas parmi les points officiellement négociés avec Alger. Le ministère a rappelé que les discussions bilatérales portaient en priorité sur la coopération sécuritaire, judiciaire et l’exécution des OQTF.
Ce cadrage tranche avec le ton employé par Romatet la veille de son entretien, lors d’un discours du 14 juillet où il évoquait la nécessité de fluidifier la coopération migratoire entre les deux pays. Le ministre Jean-Noël Barrot avait pour sa part reconnu, lors d’un précédent déplacement à Alger, que cette coopération devait encore s’approfondir.
Une mobilisation unanime à droite, un silence à gauche
Bardella, président du Rassemblement national, a qualifié l’annonce de « capitulation du macronisme face au régime algérien ». Retailleau, président des Républicains, a dénoncé un « renoncement », conditionnant toute hausse des visas à la reprise effective des ressortissants sous OQTF et à la libération du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie et détenu depuis mai 2024. Le sénateur a reproché à l’ambassadeur de ne pas avoir évoqué ce dossier dans son entretien. Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, a de son côté parlé de « trahison » et d’« humiliation nationale ».
Le nom de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, également détenu par les autorités algériennes et pour lequel Barrot avait appelé à un geste humanitaire en raison de son âge et de son état de santé, revient régulièrement dans ces critiques. En août 2025, le président Emmanuel Macron avait lui-même exigé de la fermeté envers Alger en invoquant les deux dossiers, avant de suspendre les exemptions de visa pour les passeports diplomatiques algériens. Aucune prise de position n’a en revanche été recensée du côté de la gauche parlementaire ni de la majorité présidentielle depuis la publication de l’entretien du 15 juillet.
La charge de Marine Le Pen sur les OQTF
Présidente du RN et candidate pressentie pour 2027, Marine Le Pen a réagi le 18 juillet sur X, qualifiant l’ouverture des visas de choix inadapté face à un « régime hostile qui depuis des mois se soustrait à ses obligations en refusant de reprendre ses OQTF ». Elle a promis, en cas de victoire à la présidentielle de 2027, de reprendre le contrôle de la politique migratoire française — un chiffre à comparer aux 900 000 visas annuels délivrés à l’Algérie dans les années 1990, avant leur chute à moins de 50 000 pour raisons sécuritaires.



