Deux exemplaires du chasseur furtif russe Su-57 Felon sont désormais stationnés sur la base d’Oum El Bouaghi, dans le nord-est de l’Algérie. Selon une analyse de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), le pays pourrait avoir acquis un avantage technologique ces derniers mois dans sa rivalité militaire avec le Maroc.
Une flotte inédite sur le continent
Aucun autre pays africain ou arabe n’a encore mis en service cet avion de cinquième génération. Le contrat, négocié avec Moscou depuis 2021, porterait sur quatorze appareils au total : six livrés en 2025, six prévus en 2026 et les deux derniers attendus en 2027, sous réserve des capacités industrielles russes. Le prix unitaire tournerait autour de 100 à 120 millions de dollars, formation des pilotes comprise.
Le PDG de l’United Aircraft Corporation, Vadim Badekha, a déclaré lors d’une intervention télévisée que les deux premiers avions ont déjà été reçus par notre client étranger et sont désormais en service actif, sans confirmer nommément le pays destinataire. Le Maroc, de son côté, continue de s’appuyer sur ses F-16 Viper Block 70/72, un appareil de quatrième génération sans capacités furtives. L’écart technologique porterait principalement sur la détection radar, la fusion des capteurs et la portée des missiles embarqués, le Su-57 disposant de munitions air-air R-77M et potentiellement R-37M à très longue portée.
Une lecture inverse défendue au Maroc
Cette analyse ne convainc pas tous les experts régionaux. Le consultant militaire Abdelhamid Harifi, interrogé par le média marocain Médias24, y voit au contraire une tentative de rattraper un retard technologique énorme. Selon lui, le Maroc avait déjà marqué un saut technologique très important dès l’intégration de ses F-16, en équipant auparavant ses Mirage F1 et F-5 de pods de désignation laser Litening II et Damoclès.
Plusieurs analystes rappellent qu’un chasseur de cinquième génération exige une chaîne logistique complexe et une maintenance continue, sans lesquelles ses performances resteraient plus symboliques qu’opérationnelles.
Un contexte de tensions frontalières
Cette montée en puissance aérienne intervient après plusieurs incidents documentés en 2026 le long de la frontière commune, dont le survol de la zone de Figuig par des hélicoptères Mi-28NE algériens en avril. L’acquisition expose également l’Algérie à un risque de sanctions américaines au titre de la loi CAATSA, évoqué devant le Sénat par un responsable du département d’État.
Sur le plan budgétaire, l’écart demeure net : l’Algérie consacrerait environ 22 milliards d’euros à sa défense en 2026, contre 6,4 milliards d’euros pour le Maroc, qui privilégie l’intégration de technologies occidentales via ses partenariats avec les États-Unis et Israël plutôt que le volume de ses effectifs.


