Une trentaine de journalistes, créateurs de contenus, blogueurs et caricaturistes béninois ont pris part, les 19 et 20 août 2026 à Cotonou, à la formation « Médias engagés pour la santé, la dignité et la justice menstruelle ». Organisée dans le cadre du projet « Sang pour Sang Uni.es pour la Dignité », l’initiative est portée par le consortium Règle-Moi Ça, qui réunit Filles en Actions, Héroïnes d’Aujourd’hui et Choose Yourself, avec l’appui d’Equipop et de l’Agence française de développement.
Au Bénin, la menstruation reste entourée de tabous, de mythes et de stigmatisations sociales qui pèsent lourdement sur la scolarité, la santé reproductive et la participation des filles et des femmes à la vie publique. Face à ce silence collectif, les organisateurs ont voulu outiller les professionnels des médias pour qu’ils portent un discours plus juste, informé et inclusif sur le sujet, considéré non comme une simple question d’hygiène, mais comme un véritable enjeu de droits humains et de justice sociale.
La cérémonie d’ouverture, présidée par Hervé Prudence Hessou, président de l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb), a été suivie d’un panel intitulé « Menstruations, tabous et médias au Bénin : quel rôle pour la presse et les créateurs de contenus dans la promotion de la Sdjm ? ». Aux côtés du président de l’Upmb est intervenue Axelle Say, représentante du Réseau des féministes du Bénin, sous la modération de Fleur Olive Oussougoue, présidente du Réseau des journalistes pour les droits en santé sexuelle et reproductive au Bénin. Ce panel a permis de poser les concepts fondamentaux de la Sdjm, de cartographier les croyances socioculturelles béninoises et de rappeler le cadre légal en vigueur.
Sans les règles, pas d’humanité
L’intervention du médecin-colonel Aitchéhou Romuald Bothon, pédiatre des armées et chef du Service de la santé de la mère et de l’enfant au ministère de la Santé du Bénin, figure parmi les points forts de la première journée. Il a rappelé une évidence trop souvent occultée par les tabous : sans les menstruations, l’humanité disparaîtrait purement et simplement. Les règles, a-t-il insisté, ne sont pas un sujet honteux à cacher, mais une condition biologique essentielle à la perpétuation de l’espèce humaine, et donc une question qui concerne l’ensemble de la société. Cette intervention a profondément marqué les esprits, recentrant tout le reste de la formation autour d’une conviction : parler des règles, c’est parler de la survie et de la dignité humaines.
Axelle Say a ensuite animé un module sur la déconstruction des stéréotypes dans les médias. Elle a invité les participants et participantes à éviter un langage stigmatisant. Un exercice d’« autopsie d’articles et de contenus fictifs » a permis aux bénéficiaires de la formation d’identifier les biais dans des productions et de proposer des reformulations plus respectueuses.
Le second jour, animé par la journaliste Zakiath Latoundji, ancienne présidente de l’Upmb, a permis de transformer les acquis théoriques en travaux pratiques. Une large place a été consacrée à la méthodologie d’interview sur des sujets sensibles : consentement éclairé, questions ouvertes sans des formulations culpabilisantes, silences respectés, relecture des citations avant diffusion. La formation s’est achevée par la remise des attestations de participation.



