Le Sénat a été présenté comme un outil de stabilité institutionnelle, jeudi 6 août 2026, lors d’un débat organisé à Cotonou par l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP/Co). Intervenant sur le thème de l’État de droit et de l’alternance politique en Afrique, Lazare Maurice Sehouéto a estimé que les discussions autour de cette nouvelle institution doivent reposer sur les textes et les faits plutôt que sur des craintes anticipées.
Face aux participants, l’ancien ministre et député de la 9e législature a répondu aux réserves exprimées par l’ancien député Kamel Bio Sika Ouassagari, qui s’inquiétait de l’étendue des pouvoirs confiés à la chambre haute.
Sehouéto invoque les expériences de la France et de l’Allemagne
Selon Lazare Maurice Sehouéto, le Bénin ne fait pas figure d’exception en choisissant de créer un Sénat. Il a rappelé que plusieurs démocraties ont adopté des mécanismes institutionnels comparables afin de renforcer leur fonctionnement et de limiter les périodes d’instabilité politique.
L’ancien ministre a cité l’exemple de la France, où la Cinquième République a succédé à deux régimes marqués par une succession rapide de gouvernements. Il a également évoqué l’expérience de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Selon ses explications, les constituants allemands ont introduit des garde-fous destinés à empêcher que des mouvements hostiles à la démocratie ne puissent prendre le contrôle de l’État comme ce fut le cas sous le régime nazi.
En s’appuyant sur ces références, Lazare Maurice Sehouéto a soutenu que les institutions peuvent être conçues pour préserver la stabilité politique tout en protégeant le système démocratique. Il a estimé que le débat sur le Sénat mérite d’être conduit avec rigueur et sans extrapolation.
« Il ne faut pas faire des débats sur des caricatures »
Selon l’ancien député, il serait prématuré de juger une institution qui commence seulement à exercer ses missions. Il a expliqué que le Sénat a été présenté comme un instrument destiné à favoriser l’unité nationale, à apaiser les confrontations politiques et à éviter que les crises institutionnelles ne freinent les efforts de développement.
Au cours de son intervention, il a invité les participants à dépasser les procès d’intention. « Le Bénin n’est pas le premier », a-t-il rappelé en faisant référence aux nombreux pays ayant adopté un système parlementaire à deux chambres. Il a ensuite insisté sur la nécessité d’un débat fondé sur des éléments objectifs, estimant que « il ne faut pas faire des débats sur des caricatures ».
Des inquiétudes exprimées par Kamel Bio Sika Ouassagari
Avant cette réponse, Kamel Bio Sika Ouassagari avait fait part de ses préoccupations concernant les pouvoirs attribués aux 25 membres du Sénat. Selon l’ancien député du parti Les Démocrates, cette configuration pourrait, à terme, limiter la liberté d’expression des citoyens et rendre plus difficile la critique des autorités.
Ces positions ont été exposées lors d’une rencontre consacrée au thème « État de droit et alternance politique en Afrique : un vrai enjeu de stabilité et de développement ». Le débat intervient quelques heures après l’installation du premier bureau du Sénat, créé à la faveur de la révision constitutionnelle de décembre 2025. Avec cette réforme, le Bénin a rejoint les États africains dotés d’un Parlement bicaméral, à l’image de plusieurs pays du continent tels que le Nigeria, la Côte d’Ivoire ou encore le Maroc.


