Blanchiment de capitaux : la Côte d'Ivoire joue son dernier acte face au GAFI

Une mission d’évaluation sur place du Groupe d’action financière (GAFI) doit se tenir avant la prochaine plénière d’octobre 2026. Ce déplacement d’experts internationaux déterminera si la Côte d’Ivoire peut sortir de la liste grise, où elle figure depuis octobre 2024.

Un plan d’action jugé rempli sur le papier

Lors de sa session plénière de juin dernier, à Paris, l’organisme a jugé que le pays avait rempli l’essentiel des engagements pris deux ans plus tôt. Ce constat administratif ne s’est pourtant pas traduit par un retrait de la liste : seules l’Algérie et la Namibie en sont sorties à cette occasion. Six pays africains, dont la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Cameroun et le Kenya, y demeurent inscrits début juillet, selon la plateforme officielle du GAFI.

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L’écart entre les réformes votées et leur application concrète explique ce statu quo. Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), bras régional du GAFI, avait annoncé dès mai une troisième évaluation prévue en août. Son directeur général, Edwin Harris Jr., estimait alors qu’une décision de sortie pourrait intervenir dès octobre 2026, sous réserve que cette vérification de terrain confirme les progrès déclarés.

Une offensive judiciaire pour convaincre les évaluateurs

Sur le terrain, le Pôle pénal économique et financier d’Abidjan a ouvert plus de mille dossiers liés au blanchiment, un chiffre communiqué début juin par le procureur Jean Claude Aboya. Cette accélération judiciaire s’appuie sur un mécanisme introduit par une ordonnance de 2023 : le blanchiment de capitaux dit autonome, qui autorise désormais les magistrats à poursuivre un suspect sans attendre qu’une infraction d’origine soit formellement établie.

Deux dossiers médiatisés ont marqué cette offensive. Le 2 juin, le tribunal correctionnel d’Abidjan a condamné l’influenceur Stéphane Agbré, alias Apoutchou National, à trois ans de prison ferme et 264 millions de francs CFA d’amende. Son coaccusé Akobé Léonel, dit Lionel PCS, a écopé de cinq ans ferme pour la même infraction. Les deux hommes étaient poursuivis pour violation d’une instruction de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) plafonnant les transactions en espèces.

Un enjeu de crédibilité financière pour le pays

L’inscription sur liste grise pèse directement sur l’attractivité économique d’un pays, en renchérissant le coût des transactions bancaires internationales et en freinant certains investissements étrangers. Depuis son évaluation mutuelle adoptée en juin 2023 à Praia, au Cap-Vert, la Côte d’Ivoire est passée de 18 à 30 recommandations jugées conformes sur les 40 exigées par le GAFI, un indicateur cité en mars par les autorités ivoiriennes pour illustrer la progression du dispositif national.

La procédure du GAFI impose une règle stricte : aucun pays ne quitte la liste grise sans une vérification sur place confirmant que les réformes votées produisent des effets mesurables. À ce stade, la Côte d’Ivoire demeure le seul pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) encore soumis à cette surveillance renforcée.

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