La souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla vient d’être confirmée par le Département d’État américain. Cette clarification met fin à une ambiguïté née début août, après qu’un texte du Congrès eut évoqué les deux enclaves comme territoire marocain.
Une position officielle inchangée malgré un texte contesté
Aucune force de loi ne s’attache aux rapports de commission parlementaire. C’est pourtant ce type de document, adopté le 15 juillet par la Chambre des représentants dans le cadre du budget 2027 du Département d’État, qui a jeté le trouble sur la position américaine. Le passage litigieux évoquait des cités « situées en territoire marocain ».
Le rédacteur de ce paragraphe, l’élu républicain Mario Díaz-Balart, entretient des liens étroits avec le secrétaire d’État Marco Rubio. Bien avant l’adoption du texte, il avait déjà pris position publiquement : une revendication marocaine ancienne, selon lui légitime, qu’il avait défendue dès avril auprès du quotidien El Español. Cette offensive politique faisait suite à un appel lancé en mars par le chercheur Michael Rubin, qui exhortait ouvertement Donald Trump à reconnaître les enclaves comme un territoire occupé par l’Espagne. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat américain, seule chambre capable de trancher définitivement la formulation contestée.
Sánchez visé sur la gestion de la crise migratoire
Contrairement au flou entretenu sur la question territoriale, les critiques américaines contre le gouvernement de Pedro Sánchez ne laissent place à aucune ambiguïté. Début août, le Département d’État avait accusé Madrid d’une « violation flagrante » de sa propre souveraineté, pointant sa gestion jugée défaillante de l’afflux migratoire.
L’épisode remonte aux 30 et 31 juillet, lorsque plus de 60 000 personnes avaient franchi irrégulièrement la frontière séparant le Maroc de l’enclave nord-africaine, un mouvement ayant causé plus de 80 morts selon les autorités espagnoles et marocaines. Trump avait alors parlé d’une « invasion », une formule reprise dans son discours de campagne pour les élections de mi-mandat.
Rabat privilégié sur d’autres dossiers diplomatiques
Le contraste est notable si l’on compare ce dossier à celui du Sahara occidental. Washington y avait apporté un soutien concret au Maroc après la normalisation des relations avec Israël, actée par les accords d’Abraham de 2020. Ce territoire disputé reste associé à la Marche verte de 1975, lorsque environ 350 000 civils marocains avaient investi la région dans une opération coordonnée par Rabat.
Ce précédent alimente aujourd’hui les appels à réviser le statut de Ceuta et Melilla, sous administration espagnole depuis respectivement 1580 et 1496. Les relations entre Washington et Madrid restent par ailleurs fragilisées par des désaccords portant sur les dépenses militaires réclamées par l’OTAN et sur les positions de Sánchez concernant le conflit à Gaza — deux terrains où le roi Mohammed VI a su, à l’inverse, construire une proximité durable avec l’administration américaine.



