Selon Tusk, les frappes hybrides russes viseraient à fragiliser l'article 5 de l'OTAN

L’article 5 de l’OTAN, pilier de la défense collective de l’Alliance, serait visé par les prochaines manœuvres militaires de Moscou. C’est ce qu’a affirmé jeudi le Premier ministre polonais Donald Tusk devant le Parlement, en s’appuyant sur des évaluations des services de renseignement de son pays.

Un plan russe axé sur la Pologne et ses voisins

Selon les informations transmises à Varsovie, le dispositif russe prévoirait des frappes combinant drones et missiles, dirigées contre plusieurs Etats soutenant militairement l’Ukraine, dont la Pologne. « Le plan russe, selon les évaluations des services de renseignement, inclut des attaques hybrides de drones et de missiles contre des pays soutenant l’Ukraine, y compris la Pologne », a déclaré Tusk.

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Le chef du gouvernement polonais a également évoqué un scénario de débordement territorial : selon lui, des débris ou des engins non détruits pourraient atterrir n’importe où sur les territoires estonien, letton, lituanien ou roumain, voire ailleurs sur cette bordure orientale de l’Alliance particulièrement exposée depuis 2022.

Semer le doute sur la défense mutuelle

Au-delà de la menace physique, Tusk situe l’enjeu sur le plan stratégique. D’après lui, ces opérations chercheraient d’abord à entamer la solidarité entre membres de l’OTAN. Le but final serait de semer, dans l’esprit des dirigeants européens, l’idée que l’engagement de défense mutuelle prévu par l’article 5 ne se traduirait pas forcément par une riposte concrète le jour où un pays membre serait frappé. Selon les propos rapportés par le Premier ministre polonais, Moscou chercherait ainsi à démontrer que cette clause pèserait moins lourd sur le papier que dans les faits.

Cette mise en garde intervient après plusieurs incidents ayant déjà mobilisé les mécanismes de consultation de l’Alliance. Début septembre, une vague de drones russes avait pénétré l’espace aérien polonais, entraînant l’activation de l’article 4 du traité, celui qui organise les consultations entre alliés en cas de menace perçue par un membre.

Une série d’incidents attribués à la Russie ces derniers mois

L’avertissement de Tusk s’ajoute à une liste d’épisodes que plusieurs capitales européennes et l’OTAN elle-même relient à des opérations russes de déstabilisation. L’organisation transatlantique estime que la Russie et ses relais recourent au sabotage, aux cyberattaques et aux ingérences politiques pour éroder le soutien occidental à Kiev. Le cabinet d’analyse EclecticIQ a recensé plus de 150 incidents hybrides impliquant la Russie dans l’Union européenne et au sein de l’OTAN, avec un quadruplement des opérations de sabotage physique depuis 2024. En décembre dernier, une centrale électrique polonaise avait par ailleurs été la cible d’une tentative d’intrusion informatique attribuée au groupe Sandworm.

Plus récemment, le Royaume-Uni et la Norvège ont accusé des sous-marins russes d’avoir testé, au large du Svalbard, une technologie destinée à saboter des câbles sous-marins sans laisser de traces. Moscou dément systématiquement toute implication dans ces opérations, dénonçant des récits qualifiés d’« alarmistes » par le Kremlin.

Face à cette accumulation d’incidents, plusieurs Etats membres du flanc Est réclament un renforcement des dispositifs de défense antidrone, un chantier que les ministres de la Défense de l’Alliance ont commencé à examiner ces dernières semaines.

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