Une annonce de recrutement excluant explicitement les candidats ivoiriens circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire. Publiée par la recruteuse Grace Mouawad pour un poste de chef de projet BTP, l’offre précise noir sur blanc : candidats libanais uniquement.
Le texte, repéré par l’internaute Edith Brou Bleu avant d’être relayé largement, décrit un poste basé en Côte d’Ivoire pour une entreprise de construction, avec un diplôme d’ingénieur en génie civil et 3 à 5 ans d’expérience exigés — mais réservé à une seule nationalité.
Une députée dénonce une violation du droit du travail
La parlementaire Naya Zamblé, élue de Gohitafla, a repris l’affaire sur son compte X pour interpeller l’opinion. Selon elle, cette exclusion constitue une discrimination à l’ascendance nationale, formellement prohibée par l’article 4 du Code du travail ivoirien.
La députée a souligné son propos par un parallèle : un entrepreneur ivoirien installé au Liban qui publierait une offre « candidats ivoiriens uniquement » serait, selon elle, jugé inconcevable. Elle a appelé les entreprises et cabinets de recrutement opérant sur le territoire ivoirien à respecter les lois de la République et à accorder la priorité aux compétences locales.
Une présence libanaise ancienne et économiquement dominante
Cette polémique survient alors que la diaspora libanaise pèse lourdement sur l’économie ivoirienne. Arrivée dès la fin du XIXe siècle, renforcée par plusieurs vagues migratoires liées à la guerre civile libanaise de 1975 puis à l’occupation israélienne du Sud-Liban à partir de 1982, cette communauté compte aujourd’hui entre 80 000 et 100 000 personnes, majoritairement installées à Abidjan.
Selon la Chambre de commerce et d’industrie libanaise de Côte d’Ivoire, les opérateurs économiques libanais contrôleraient environ 40 % de l’économie du pays, avec une forte implantation dans l’immobilier, la distribution et l’industrie. Le président ivoirien Alassane Ouattara avait lui-même évalué, lors d’une visite officielle en 2013, l’apport fiscal de cette communauté à environ 350 milliards de francs CFA, soit 15 % des recettes de l’État.
Cette influence économique nourrit régulièrement des critiques sur les réseaux sociaux ivoiriens, accusant certains opérateurs libanais de fonctionner en circuit fermé, avec leurs propres écoles, cliniques et réseaux sociaux, loin des populations locales. Des rumeurs de migration massive de ressortissants libanais vers la Côte d’Ivoire, en lien avec les tensions régionales au Proche-Orient depuis 2024, ont également circulé sans confirmation officielle.
Aucune réaction officielle pour l’instant
Ni l’entreprise de construction à l’origine de l’annonce, ni la recruteuse Grace Mouawad n’ont réagi publiquement aux accusations de discrimination. Le ministère ivoirien de l’Emploi ne s’est pas non plus exprimé sur ce dossier à l’heure actuelle. Le débat continue d’alimenter les échanges sur les plateformes sociales ivoiriennes, entre défenseurs de la priorité nationale à l’embauche et partisans d’une lecture plus mesurée des relations économiques entre les deux communautés.



