Pékin a rejeté jeudi les accusations de cyberpiratage formulées par Washington, en retournant le reproche contre son accusateur. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a affirmé lors d’un point presse que les États-Unis sont mondialement reconnus comme la plus grande puissance de piratage et de surveillance au monde.
Une opération judiciaire américaine à l’origine de la riposte
À l’origine de cette passe d’armes verbale : une opération judiciaire menée mercredi outre-Atlantique. Plusieurs domaines internet ont été confisqués par la justice américaine, celle-ci y voyant un outil utilisé par des pirates informatiques liés à Pékin pour brouiller les traces de leurs intrusions. Selon le ministre américain de la Justice, Todd Blanche, cette confiscation vient s’ajouter à un ensemble de mesures techniques déployées ces derniers mois contre des réseaux de piratage liés à l’État chinois.
Pékin a immédiatement dénoncé une opération de dénigrement. Selon Lin Jian, les États-Unis auraient pour habitude d’accuser la Chine sous couvert de préoccupations liées à la cybersécurité. Le porte-parole a également affirmé que le gouvernement américain possède des antécédents d’attaques informatiques contre des infrastructures critiques chinoises, ainsi que de prépositionnement de capacités destinées à des opérations destructrices de grande ampleur.
Un cadre de tensions technologiques croissantes
Le même mercredi, le président Donald Trump a décrété l’état d’urgence nationale sur le réseau électrique américain. Cette mesure interdit l’achat et l’installation d’équipements provenant de pays soumis à un embargo américain sur les armes, une décision qui vise implicitement la Chine sans la nommer directement.
Cet échange d’accusations s’ajoute à une longue série d’épisodes similaires entre les deux puissances. En octobre 2025, le ministère chinois de la Sécurité d’État avait accusé l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) d’avoir mené une opération d’infiltration prolongée contre le Centre national de service du temps chinois, un organisme stratégique chargé de la synchronisation des réseaux de communication et des systèmes financiers. En 2024, une campagne baptisée Salt Typhoon et attribuée à des hackers chinois avait touché des opérateurs télécoms américains majeurs, dont AT&T, Verizon et T-Mobile, interceptant des communications non chiffrées. Dès 2023, une alerte conjointe des services de cybersécurité américains, canadiens, britanniques, australiens et néo-zélandais avait pointé un acteur baptisé Volt Typhoon, accusé d’avoir infiltré des infrastructures critiques américaines.
Une attribution technique toujours contestée
L’origine précise des cyberattaques reste un sujet de désaccord permanent entre les deux pays. Chaque camp s’appuie sur ses propres analyses techniques pour attribuer les opérations malveillantes, sans que ces conclusions ne soient jamais reconnues par la partie accusée. Cette dynamique alimente un climat de défiance durable, où chaque incident majeur devient un point de friction diplomatique supplémentaire.
Ces nouvelles accusations surviennent à un moment particulier des relations bilatérales. Une rencontre entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping est prévue à la fin du mois de septembre. Les autorités chinoises ont indiqué que des échanges se poursuivent entre Pékin et Washington concernant l’organisation de ces contacts au sommet.
La cybersécurité pourrait ainsi devenir un dossier supplémentaire pesant sur la préparation de cette rencontre, aux côtés des questions commerciales et technologiques déjà présentes dans l’agenda bilatéral. Un précédent historique illustre l’ampleur que peuvent prendre ces différends : en 2020, la justice américaine avait inculpé quatre officiers militaires chinois pour le piratage d’Equifax, l’une des plus grandes sociétés de crédit du pays, une attaque survenue en 2017 et ayant touché plus de 147 millions d’Américains.



