Électricité : Trump rejoue la carte de 2020 contre la Chine

Des transformateurs, des onduleurs et des batteries de stockage tombent désormais sous le coup d’une interdiction fédérale aux États-Unis. Donald Trump a signé mercredi un décret plaçant le réseau électrique américain en état d’urgence nationale, bloquant tout achat ou installation de matériel provenant de fournisseurs soumis à un embargo américain sur les armes, a annoncé la Maison-Blanche.

Aucun État n’est nommé dans le texte. Mais la liste des pays sous embargo américain ne recoupe qu’un seul grand exportateur d’équipements de réseau : la Chine. Automates industriels, logiciels et systèmes d’accès à distance liés à ces matériels entrent également dans le périmètre du décret.

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La stratégie de 2020 refait surface

Un texte quasi identique avait déjà été signé par Trump en mai 2020, sans désigner explicitement Pékin. Sept mois avaient alors suffi pour qu’un arrêté d’application vienne nommer directement les fabricants chinois. Le nouveau décret laisse cette fois 120 jours à l’administration pour fixer ses modalités concrètes, un calendrier qui pourrait déboucher sur une désignation formelle d’ici fin décembre.

Interrogée par l’AFP, la Maison-Blanche a justifié la mesure par la nécessité de sécuriser les infrastructures électriques du pays, sans détailler les fournisseurs ou pays visés.

Des inspections aux résultats divergents

Une inspection de 30 onduleurs chinois menée par le département de l’Énergie et publiée en janvier n’avait abouti à aucune preuve tangible de composants malveillants. Des ingénieurs américains avaient identifié l’année précédente, dans plusieurs onduleurs solaires importés de Chine, des modules de communication non répertoriés dans les fiches techniques constructeur — des équipements capables, en théorie, de contourner des protections numériques ou d’agir à distance sur des installations raccordées au réseau.

Le décret confère au secrétaire à l’Énergie une autorité élargie : il pourra imposer des restrictions sur du matériel déjà en service, jusqu’à en exiger le retrait.

Substituer une industrie entière

Selon une analyse du média Eurasia Times publiée fin 2025, la Chine concentre environ 60 % de la capacité mondiale de fabrication de transformateurs, et exploite le plus vaste réseau de lignes à ultra haute tension au monde, avec 50 000 kilomètres déployés. Basculer vers des fournisseurs américains ou européens gonflerait les coûts de 20 à 40 %, et allongerait les délais de livraison d’environ trois mois à six ou neuf mois selon les estimations du secteur.

L’exécutif justifie cette urgence par l’explosion de la demande électrique liée aux centres de données, à l’intelligence artificielle et à la production militaire. Pékin a de son côté dénoncé un usage détourné des arguments de sécurité nationale.

Le même jour, le ministère américain de la Justice a accusé la Chine d’opérations de piratage informatique à grande échelle, accusation aussitôt renvoyée par Pékin, qui a qualifié Washington de première puissance mondiale du piratage. Une rencontre entre Trump et le président chinois Xi Jinping est prévue fin septembre.

La Commission européenne a limité en mai l’usage d’onduleurs chinois dans les projets énergétiques publics, et le régulateur américain des télécommunications a restreint fin juillet leur importation.

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