L’Ukraine enregistre désormais des coupures de connectivité militaire à heures fixes, deux fois par jour, sur certaines portions du front. Cette régularité trahit la montée en puissance du réseau satellite russe Rassvet, dont la couverture opérationnelle dépasse déjà les projections initiales du renseignement militaire ukrainien.
Le réseau à l’origine de cette avancée est développé par la société Bureau 1440, filiale spatiale issue de l’opérateur télécom MegaFon. Ce système est présenté par Moscou comme une alternative nationale à Starlink, dont l’accès a été coupé aux forces russes début février après une opération conjointe entre Kyiv et SpaceX.
Une couverture qui dépasse les attentes de Kyiv
Le vice-chef du renseignement militaire ukrainien, Vadym Skibitskyi, a indiqué que le déploiement du réseau russe progresse à un rythme supérieur à celui anticipé par ses services. Selon lui, la Russie viserait 292 satellites d’ici fin 2027, puis 924 d’ici 2035 — un objectif qui, s’il était atteint, offrirait à Moscou une couverture proche de celle de Starlink sur le territoire ukrainien et au-delà.
Le rythme de lancement reste toutefois inférieur à celui nécessaire pour tenir ce calendrier. Un premier lot de 16 satellites a rejoint l’orbite fin mars, avec trois mois de retard sur le programme initial. Un second lot, également composé de 16 unités, a suivi en juillet — soit un intervalle de près de quatre mois entre les deux lancements, éloigné de la cadence mensuelle qu’exigerait l’objectif de 2027.
Un risque identifié pour le pilotage de drones
Pour l’Ukraine, l’enjeu dépasse la simple connectivité internet. Les créneaux de communication offerts par Rassvet permettraient aux forces russes de piloter en temps réel des drones Geran, variantes locales du Shahed iranien, ainsi que des drones navals, sans dépendre des réseaux terrestres vulnérables au brouillage.
Serhii Beskrestnov, conseiller du président ukrainien sur les technologies de défense, a averti que « la communication sur le front de l’ennemi va s’améliorer » grâce à ce réseau. Il a appelé à développer des systèmes de guerre électronique capables de le neutraliser avant qu’il n’atteigne sa pleine capacité. Des discussions sur une réponse ukrainienne seraient déjà engagées au sein de l’appareil de défense et de renseignement, sans que des détails aient été communiqués.
Une faiblesse structurelle identifiée par les experts
Contrairement aux terminaux Starlink, dispersés et difficiles à cibler, les stations au sol de Rassvet constitueraient un point vulnérable. Un expert cité par Radio Free Europe a souligné que même une station basée en Sibérie resterait à portée d’une frappe ukrainienne, contrairement aux infrastructures américaines équivalentes.
À titre de comparaison, Starlink compte aujourd’hui plus de 7 000 satellites actifs, déployés depuis 2019 — un écart d’échelle qui illustre le chemin restant pour Rassvet, dont les premiers essais technologiques remontent à 2023. Le gouvernement russe a alloué 1,26 milliard de dollars au projet, complétés par 4 milliards de dollars d’investissements privés prévus jusqu’en 2030.



