Une bannière de 150 mètres carrés a été hissée au pôle Nord. Ce dimanche, des images montrant ce drapeau tricolore de 10 mètres sur 15, acheminé jusqu’à ce point géographique par un brise-glace nucléaire russe ont été diffusées par les télévisions russes.
Un brise-glace nucléaire mobilisé pour l’opération
Le navire 50 ans de la Victoire a transporté le drapeau jusqu’au sommet du globe, selon les images relayées par la chaîne. Ce brise-glace, propriété de la Fédération de Russie et exploité par Atomflot, filiale de Rosatom, compte parmi les plus imposants bâtiments de ce type existants. Ses dimensions atteignent près de 160 mètres de longueur pour une trentaine de mètres de largeur. Deux réacteurs nucléaires équipent le navire, lui permettant de fendre une couche de glace de deux mètres d’épaisseur.
Mis en chantier en 1989 à Saint-Pétersbourg, sa construction avait été interrompue en 1994 faute de financement, avant de reprendre en 2003. Le navire n’est entré en service qu’en 2007, vingt ans après le lancement du projet.
Un navire habituellement dédié au tourisme polaire
En dehors de ce type d’opération, le 50 ans de la Victoire transporte des passagers payants jusqu’au pôle Nord, pour un tarif avoisinant 25 000 dollars par voyage selon l’opérateur Quark Expeditions. Le bâtiment dispose d’une piscine chauffée, d’une bibliothèque et de deux saunas. En 2024, il avait acheminé une soixantaine d’écoliers venus de quinze pays, dont l’Afrique du Sud, le Cameroun et la Tunisie, dans le cadre d’un projet éducatif nommé Brise-glace des connaissances.
Une longue série de symboles arctiques russes
Cette mise en scène rappelle un précédent plus ancien et plus controversé. En août 2007, un submersible russe Mir-1 avait déposé un drapeau en titane à plus de 4 200 mètres de profondeur, directement sous le pôle Nord géographique. L’explorateur Artur Tchilingarov, qui dirigeait l’expédition, avait alors déclaré : si quelqu’un descend ici dans cent ou mille ans, il verra notre drapeau russe. Ce geste avait suscité de vives réactions des autres pays riverains de l’Arctique — Canada, Norvège, États-Unis et Danemark — qui y avaient vu une tentative de Moscou d’étendre ses revendications territoriales sur une région riche en hydrocarbures.
L’Arctique demeure un enjeu stratégique majeur pour la Russie, qui y développe sa flotte de brise-glaces nucléaires depuis plusieurs décennies. Le pays a mis en service l’Arktika, un navire de 173 mètres, en 2020, puis le Yakutia fin 2024, dans le cadre d’un programme visant à sécuriser la route maritime du Nord, reliant Mourmansk au détroit de Béring.



