Les exportations turques vers l’Afrique ont atteint 13,3 milliards de dollars entre janvier et juillet 2026, en hausse de 12,6 % sur un an. Cette progression intervient alors qu’Ankara développe depuis plusieurs années un dispositif destiné à renforcer durablement ses relations économiques avec le continent.
Une présence commerciale organisée pays par pays
La stratégie turque repose d’abord sur un maillage institutionnel dense. Le Conseil des relations économiques extérieures de Turquie (DEİK) dispose actuellement de 48 conseils d’affaires bilatéraux avec des pays africains. Ces structures mettent en relation les entreprises turques avec leurs homologues africaines, organisent des rencontres d’affaires et cherchent à transformer les contacts commerciaux en contrats et en investissements.
Le dispositif remonte à 1998, année du lancement du plan d’action pour l’ouverture de l’Afrique. En 2008, la Turquie a obtenu le statut de partenaire stratégique auprès de l’Union africaine, donnant une dimension institutionnelle plus forte à cette politique. Le Forum économique et commercial Türkiye-Afrique (TABEF), organisé tous les deux ans à Istanbul, complète ce réseau en réunissant responsables publics, investisseurs et entreprises. Cette organisation existe aussi en Afrique de l’Ouest. Le Conseil d’affaires Turquie-Burkina Faso, créé en 2018 avec la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso et l’Agence burkinabè des investissements comme partenaires, constitue un cadre destiné à développer les échanges entre les deux pays.
Des exportations soutenues par les investissements
Ankara cherche aussi à dépasser la simple vente de marchandises depuis la Turquie. Les secteurs de la construction, de la logistique, de l’énergie, de l’industrie et des infrastructures occupent une place importante dans cette approche. Le ministère turc du Commerce indique que les entreprises de construction turques ont réalisé plus de 2 000 projets en Afrique pour une valeur cumulée de 100 milliards de dollars.
Au Maroc, elles avaient déjà achevé 113 projets représentant 4,2 milliards de dollars à la fin de 2025. Le développement des infrastructures commerciales accompagne cette présence. L’essor des réseaux logistiques et des projets de construction contribue à la progression récente des exportations turques vers le continent. Osman Aksoy, coordinateur des Conseils d’affaires Türkiye-Afrique du DEİK, estime que cette dynamique pourrait favoriser le passage des ventes directes vers des investissements et des partenariats locaux.
Le Nigeria et l’Afrique du Sud accélèrent
Les résultats des sept premiers mois de 2026 montrent que cette stratégie ne repose plus uniquement sur les marchés nord-africains. Le Nigeria a enregistré la plus forte progression des achats de produits turcs parmi les principaux marchés africains, avec une hausse de 52,1 %, à 453,2 millions de dollars. Les exportations vers l’Afrique du Sud ont augmenté de 31,3 %, à 479 millions de dollars. Le Maroc reste toutefois la première destination avec 2,43 milliards de dollars, devant l’Égypte avec 2,3 milliards.
La Libye, l’Algérie et la Tunisie suivent avec respectivement 1,59 milliard, 1,09 milliard et 720 millions de dollars. Sur une période plus longue, l’évolution confirme l’ampleur du changement. Le commerce entre la Turquie et l’Afrique est passé d’environ 5,5 milliards de dollars en 2003 à 37 milliards en 2024, selon le ministère turc du Commerce. La progression des exportations en 2026 apparaît ainsi comme le résultat d’une politique combinant diplomatie économique, réseaux d’affaires, investissements, infrastructures et partenariats avec les entreprises africaines.



