Plus de 100 milliards de francs CFA ont déjà transité par un dispositif financier lié au secteur extractif au Mali, en un peu plus d’un an. Ce premier montant pourrait ouvrir la voie à une enveloppe bien plus large, de l’ordre de 500 milliards de francs CFA (près de 883 millions de dollars), consacrée à des chantiers d’électrification, d’accès à l’eau et de mobilité, a fait savoir le ministre des Finances Alousseni Sanou, dans des propos relayés par Reuters.
Comment fonctionne ce mécanisme
Institué par un texte de 2023, l’outil tire ses fonds d’une contribution obligatoire versée par les sociétés titulaires d’une autorisation d’extraction, qu’elles soient industrielles ou artisanales. Le mécanisme combine un prélèvement sur le chiffre d’affaires réalisé chaque trimestre et une fraction variable des taxes calculées sur la valeur des minerais extraits, ce taux étant plus élevé au démarrage d’un site puis réduit progressivement. Sanou a indiqué que ce circuit rapporte chaque année au minimum une cinquantaine de milliards de francs CFA et pourrait appuyer des emprunts d’un montant nettement supérieur.
Plusieurs chantiers concrets ont déjà été soumis à l’instance chargée de gérer ces fonds, selon la ministre des Infrastructures et des Transports, Dembélé Madina Sissoko : extension des voies ferrées, ouverture de nouvelles routes, achat de bateaux pour la navigation fluviale et projets liés à la compagnie aérienne publique Mali Airlines SA.
Une refonte minière engagée depuis 2023
Ce dispositif prolonge une réforme plus large du cadre minier adoptée par le pouvoir militaire à Bamako en 2023, qui a durci la fiscalité applicable aux opérateurs et fait grimper la participation de l’État dans les projets d’extraction jusqu’à 35 %, contre 20 % dans l’ancien texte. Cette bascule a nourri des différends avec des sociétés étrangères, dont le groupe canadien Barrick Gold, autour de sommes que Bamako estime dues au titre d’impôts et de redevances passés.
Selon un audit gouvernemental annoncé en décembre 2025, l’État aurait ainsi récupéré 761 milliards de francs CFA auprès de compagnies minières. Le poids économique du secteur reste considérable : un rapport publié par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives évalue à plus de 1 000 milliards de francs CFA les revenus miniers générés en 2024, dont 978 milliards versés directement au Trésor public, soit près de 41 % des recettes fiscales nationales cette année-là.
Une transition politique sous contrainte sécuritaire
Cette stratégie de financement s’appuie sur un contexte marqué par une instabilité persistante dans le nord et le centre du pays, où les autorités de transition, en place depuis 2020, peinent à rétablir un contrôle territorial complet. Isolé des circuits financiers traditionnels depuis son départ de la CEDEAO, Bamako a multiplié les initiatives régionales pour financer ses priorités par ses propres moyens, à l’image de la Banque confédérale d’investissement et de développement, dotée d’un capital de 500 milliards de francs CFA et inaugurée fin 2025 avec le Burkina Faso et le Niger dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel.
D’autres producteurs africains empruntent une voie similaire. Le Parlement du Ghana a validé en 2025 l’affectation d’une partie des recettes tirées de ses mines à un vaste plan d’investissements publics baptisé Big Push, selon des responsables cités par Reuters.



