Maroc, Algérie : pourquoi le Nigeria arrête de financer des bourses d'études

Cent cinquante étudiants nigérians ne recevront plus de financement public pour poursuivre leurs études au Maroc. Le gouvernement fédéral du Nigeria a annoncé mercredi, à Abuja, la fin du parrainage prévu par l’Accord bilatéral d’éducation (BEA), qui couvrait aussi des envois d’étudiants vers l’Algérie.

Un coût jugé disproportionné

La facture d’une seule année de bourses a servi d’argument central à la décision. Le ministre de l’Éducation, Tunji Alausa, a précisé que le parrainage de ces 150 étudiants au Maroc avait coûté 650 millions de nairas, soit environ 484 600 dollars ou près de 4,49 millions de dirhams, selon des propos rapportés par la presse nigériane. Le responsable a qualifié ce programme d’« improductif », en critiquant un choix de destinations jugé incohérent avec les matières enseignées.

« Nous envoyons des étudiants en Algérie, pays francophone, pour étudier l’anglais. Nous envoyons également des étudiants au Maroc, pays francophone, pour étudier le journalisme et la psychologie », a-t-il déclaré. Une année entière serait consacrée à l’apprentissage du français avant même le début du cursus, ce qui allongerait la durée réelle des études financées par l’État.

Les universités nigérianes mises en avant

Le ministre a justifié l’arrêt du programme par la montée en compétence des établissements du pays. Selon lui, les filières concernées, journalisme et psychologie, existent déjà dans les universités et collèges nigérians, désormais capables d’accueillir davantage d’étudiants avec le même budget. Réorienter les 650 millions de nairas vers l’enseignement supérieur local permettrait, toujours selon Alausa, de soutenir des milliers d’étudiants plutôt qu’une seule centaine.

Le gouvernement fédéral a précisé rester ouvert aux bourses d’études à l’étranger financées par des pays tiers, sans engagement budgétaire de sa part. La mesure s’accompagne d’une réorientation plus large des ressources publiques vers les établissements supérieurs nigérians.

Un accord distinct des bourses royales marocaines

L’Accord bilatéral d’éducation entre le Nigeria et le Maroc coexiste avec un autre dispositif de coopération universitaire porté par l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI). Selon les données de l’agence, plus de 12 000 étudiants étrangers ont bénéficié d’une bourse marocaine au titre de la seule année académique 2019-2020, dont une large majorité issue des 47 pays africains partenaires. Ce programme, distinct du BEA, reste géré directement par les autorités marocaines.

La décision nigériane intervient dans un cadre budgétaire tendu, marqué par les réformes économiques engagées depuis l’arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu en mai 2023. Les étudiants déjà inscrits dans le cadre du BEA devraient continuer à percevoir leur financement jusqu’à la fin de leur cursus, selon les précisions données par le ministère de l’Éducation.

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