De nouvelles recommandations pour renforcer la prévention et le financement des conflits en Afrique ont été formulées samedi 29 août à Luanda, à l’initiative du Maroc. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, les a présentées lors de la 26ème session extraordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA).
Les recommandations marocaines
Bourita a d’abord insisté sur le respect des règles budgétaires existantes en matière de financement de la paix. Il a affirmé que les mécanismes de financement doivent respecter les procédures budgétaires de l’Union, une manière de cadrer les ambitions financières du Plan d’action de Luanda sans en bouleverser la gouvernance actuelle.
Le chef de la diplomatie marocaine a ensuite plaidé pour une articulation plus étroite entre les Nations unies et l’UA dans l’application de ce plan. Selon lui, la cohérence entre l’Union africaine et les Nations unies doit demeurer un principe directeur de toute stratégie continentale de résolution des conflits.
Troisième axe porté par Rabat : traiter les causes profondes des crises plutôt que leurs seules manifestations. Le ministre a appelé à lier paix, sécurité et développement dans l’action préventive, invitant les États membres à investir davantage dans les leviers d’une paix durable. Le Maroc a par ailleurs réaffirmé son soutien à l’ambition portée par le Plan d’action de Luanda et à sa matrice de mise en œuvre, ainsi qu’aux objectifs généraux fixés par cette session extraordinaire.
Le cadre du sommet de Luanda
Cette session découle d’une décision adoptée en février 2026 par la 39ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, qui avait mandaté la tenue d’un sommet consacré au renforcement des mécanismes de prévention et de résolution des conflits ainsi qu’à leur financement. L’objectif affiché est d’opérationnaliser l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), un dispositif institutionnel adopté par l’UA dès 2002 pour doter le continent d’outils communs de gestion des crises.
Pourquoi Luanda accueille ces discussions
Le choix de la capitale angolaise comme siège du sommet s’explique par le rôle diplomatique tenu par le pays dans la gestion des crises africaines. Le président João Lourenço avait été mandaté par l’UA dès mai 2022 pour médier entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, dans le cadre du Processus de Luanda, qui a permis d’obtenir un cessez-le-feu en juillet 2024 avant de s’essouffler fin de cette même année. L’Angola s’est retiré de cette médiation en mars 2025, cédant le relais au président togolais Faure Gnassingbé, tandis que le dossier s’est internationalisé sous l’impulsion des États-Unis et du Qatar, avec un accord sur une feuille de route trouvé fin août 2026 en Suisse.
Cette expérience accumulée par Luanda dans la gestion des conflits régionaux justifie, aux yeux de plusieurs délégations, sa désignation pour porter ce sommet extraordinaire consacré à la refonte des mécanismes continentaux. Les recommandations marocaines s’ajoutent à celles d’autres délégations attendues dans les prochains jours, sans qu’une feuille de route commune n’ait encore été rendue publique à l’issue des travaux de samedi.
