Le Sénégal va bénéficier de 340 milliards de francs CFA de financements de la Banque mondiale. L’annonce, faite mercredi après une rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Diagana, vice-président de l’institution pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, intervient alors que Dakar prépare un nouveau partenariat avec la Banque mondiale sur dix ans.
Ce rapprochement marque surtout une évolution dans la manière d’aborder l’institution depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Diomaye Faye-Sonko. Sous Ousmane Sonko, l’exécutif avait affiché une volonté de revoir en profondeur les mécanismes d’intervention des bailleurs internationaux. En février 2026, alors Premier ministre, Sonko avait reçu une délégation de la Banque mondiale et insisté sur l’alignement des interventions du Groupe aux priorités nationales.
Sonko voulait revoir les règles du partenariat
La position de Sonko ne se résumait donc pas à un rejet des financements internationaux. Elle reposait davantage sur une volonté de réduire la dépendance du Sénégal et de faire correspondre les financements extérieurs aux priorités définies par Dakar. Cette ligne avait pris une dimension particulière dans le contexte de la crise des finances publiques.
L’audit commandé par les nouvelles autorités avait révélé une situation budgétaire bien plus dégradée que celle annoncée par le précédent régime. Les difficultés qui ont suivi ont également compliqué les relations avec le FMI et les autres bailleurs. Le discours porté par Sonko était alors associé à une logique de rupture : davantage de souveraineté financière, mobilisation des ressources internes et remise en question de certains mécanismes de financement traditionnels.
Diomaye Faye privilégie le dialogue avec la Banque mondiale
Avec Bassirou Diomaye Faye, le ton apparaît différent. Le président sénégalais ne renonce pas aux ambitions de transformation économique du pouvoir, mais semble privilégier une relation plus institutionnelle avec les bailleurs. La rencontre avec Ousmane Diagana en apporte une nouvelle illustration. Les deux parties travaillent sur un cadre de partenariat qui doit guider leur coopération pendant dix ans.
La baisse du coût de l’énergie, le développement du solaire, la souveraineté alimentaire, l’amélioration du climat des affaires et la modernisation des finances publiques figurent parmi les priorités retenues. La Banque mondiale prévoit aussi un appui budgétaire direct à l’État et davantage de financements liés aux résultats. Le nouveau paquet de 340 milliards doit soutenir l’agriculture, les transports ainsi que des programmes destinés à renforcer la résilience des jeunes et des femmes.
Un changement qui ne signifie pas une rupture avec la ligne Sonko
Cette évolution doit toutefois être relativisée. Diomaye Faye continue de défendre une réforme du système international de financement du développement. En juin 2025, à Séville, il avait plaidé pour une transformation des mécanismes de financement afin de mieux répondre aux besoins des pays du Sud.
Surtout, la coopération avec la Banque mondiale n’est pas nouvelle sous sa présidence.
En juin 2025, l’institution avait déjà approuvé un financement concessionnel de 115 millions de dollars destiné à soutenir les réformes budgétaires, la gestion des finances publiques et la mobilisation des ressources intérieures du Sénégal. Le changement de cap se situe donc moins dans le principe du partenariat que dans sa méthode. Sonko a davantage misé sur la renégociation et la contestation des mécanismes existants. Diomaye Faye semble, lui, privilégier la négociation avec les institutions internationales tout en cherchant à orienter leurs financements vers les priorités du Sénégal.
