Eswatini conteste officiellement l’analyse sécuritaire avancée par la Chine après l’avertissement adressé cette semaine aux ressortissants chinois présents dans le royaume. Cette passe d’armes est au-devant de l’actualité alors que les relations entre Mbabane et Taïwan restent un sujet sensible pour Pékin.
Le gouvernement eswatinien a rejeté mercredi 26 août l’idée d’une insécurité généralisée dans le pays. Selon sa porte-parole par intérim, Thabile Mdluli, une récente opération contre des étrangers soupçonnés d’activités liées à la cybercriminalité aurait permis aux forces de l’ordre d’intervenir et de faire appliquer la législation nationale. Les autorités refusent donc que cette affaire soit utilisée pour présenter le royaume comme un territoire dangereux ou comme une plateforme de criminalité organisée.
Pékin maintient son alerte sécuritaire
La réaction de Mbabane fait suite à une consigne diffusée par les autorités chinoises. Pékin déconseille actuellement à ses ressortissants de se rendre en Eswatini et demande à ceux qui s’y trouvent déjà, ainsi qu’aux institutions chinoises, de partir dès que possible ou de rejoindre des zones jugées plus sûres.
Le ministère chinois des Affaires étrangères justifie cette décision par son évaluation de la situation locale. Il évoque une progression de la fraude dans les télécommunications, des jeux d’argent en ligne et des risques élevés pour l’ordre public.
Pékin assure que cette démarche relève de la protection consulaire de ses citoyens. Le gouvernement eswatinien réfute cette lecture. Il affirme que l’opération ayant impliqué plusieurs ressortissants étrangers, dont une majorité de Chinois, aurait permis de détecter puis d’interrompre les activités suspectées. Pour Mbabane, présenter cet épisode comme la preuve d’un problème sécuritaire systémique serait donc injustifié.
Pourquoi Taïwan complique la relation avec la Chine
L’affaire prend une autre dimension en raison des relations diplomatiques entre Eswatini et Taïwan. Les deux pays entretiennent des relations officielles depuis 1968. Depuis la rupture des relations entre Taipei et plusieurs États africains, Eswatini est devenu le seul pays africain à reconnaître officiellement Taïwan plutôt que Pékin. Cette position est directement contraire à la politique d’une seule Chine défendue par Pékin. La Chine considère Taïwan comme une partie de son territoire et rejette l’existence de relations diplomatiques officielles entre Taipei et des États étrangers. Pékin rappelle régulièrement qu’Eswatini constitue l’exception africaine. En avril 2026, son ministère des Affaires étrangères soulignait que tous les autres pays du continent avaient établi des relations diplomatiques avec la Chine.
Une relation régulièrement contestée par Pékin
Les tensions ont pris une nouvelle ampleur en avril et mai 2026. Le déplacement du président taïwanais Lai Ching-te en Eswatini avait d’abord été reporté après le retrait d’autorisations de survol accordées par plusieurs pays. Taipei avait alors accusé Pékin d’avoir exercé des pressions diplomatiques. Lai a finalement effectué sa visite le 2 mai.
Cette séquence explique pourquoi la nouvelle dispute sur la sécurité est observée avec attention. La Chine ne présente pas officiellement son avertissement comme une mesure liée à Taïwan. Le gouvernement d’Eswatini, lui, affirme que sa politique étrangère relève de sa souveraineté et qu’il ne doit pas être contraint de modifier ses relations diplomatiques. La crise actuelle reste donc officiellement sécuritaire. Son arrière-plan diplomatique, lui, oppose deux visions : celle de Pékin, qui veut faire respecter sa politique d’une seule Chine, et celle d’Eswatini, qui maintient depuis 58 ans ses liens officiels avec Taipei.



