Un sursis de trois jours a suspendu, le 18 août, l’entrée en vigueur d’une nouvelle salve de taxes américaines visant le secteur automobile, l’alcool et les produits laitiers canadiens. Donald Trump a annoncé cette pause sur Truth Social, invoquant un accord commercial en cours de finalisation avec Ottawa. Cette décision révèle une contradiction relevée par l’agence Bloomberg : le président américain cherche à alléger la pression économique sur les électeurs tout en multipliant les conflits commerciaux et les sanctions qui, mécaniquement, font grimper les prix.
Un geste sur le bœuf, une guerre commerciale intacte
Quelques jours avant ce report, la Maison Blanche avait déjà suspendu temporairement les taxes sur certaines importations de bœuf. « Nous voulons faire baisser les prix du bœuf, c’est ce que les électeurs veulent« , avait justifié Trump, présentant la mesure comme une réponse directe aux attentes des consommateurs. Le coût de la vie reste l’une des principales préoccupations des Américains à l’approche des élections de mi-mandat de novembre.
Ces concessions ponctuelles tranchent avec la trajectoire générale de la politique commerciale de l’exécutif. Selon la Tax Foundation, l’ensemble des mesures tarifaires en vigueur ou annoncées pourrait faire reculer le produit intérieur brut américain de 0,65 %, et détruire près de 600 000 emplois à temps plein — un impact près de trois fois supérieur à celui de la guerre commerciale menée avec la Chine en 2018-2019, qui avait coûté 0,25 % de PIB et environ 170 000 emplois.
Des entreprises de moins en moins capables d’absorber le choc
La facture des tarifs, jusqu’ici largement supportée par les entreprises américaines, devrait de plus en plus retomber sur les consommateurs. D’après une estimation de JPMorgan, la part du coût assumée par les entreprises pourrait chuter de 80 % à 20 % au cours de l’année, à mesure que s’épuisent les stocks constitués avant l’entrée en vigueur des taxes.
Le bras de fer commercial ne se limite pas au Canada. Les tensions avec l’Iran pèsent également sur les prix de l’essence et de l’énergie, deux postes de dépense particulièrement sensibles pour les ménages américains. L’opposition démocrate accuse régulièrement l’administration d’aggraver, par ses droits de douane, la crise du coût de la vie qu’elle prétend combattre.
Une facture fiscale contestée
Sur le plan budgétaire, les recettes tirées des droits de douane devraient rapporter entre 229 et 263 milliards de dollars en 2025, selon la Tax Foundation — un montant qui reste marginal au regard du budget fédéral, mais qui s’accompagne d’une baisse estimée de 1,7 à 2,2 % des revenus après impôts pour les foyers américains. La loi fiscale portée par Trump, le One Big Beautiful Bill Act, doit relever les remboursements d’impôts cette année : un argument que l’exécutif avance pour vanter un allègement du fardeau fiscal, alors que les effets des tarifs continuent de peser sur le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes.



