UE, Chine : les stratégies du Canada face aux offensives de Donald Trump

Le Canada accélère son rapprochement avec la Chine et l’Union européenne alors que le bras de fer tarifaire avec Donald Trump ne montre aucun signe d’apaisement. Les échanges commerciaux sino-canadiens ont bondi de 30 % au premier semestre, tandis que Bruxelles envisage de faire d’Ottawa son tout premier membre associé.

Une guerre tarifaire qui pousse à la diversification

Depuis fin août, l’escalade entre Ottawa et Washington a franchi plusieurs paliers. Le 22 août, les États-Unis ont frappé une large gamme de produits canadiens de droits de douane à 50 %. Le Canada a répliqué le 8 septembre avec des contre-tarifs de 15 à 50 % sur près de 28 milliards de dollars de marchandises américaines. Le même soir, l’administration Trump a signé plusieurs proclamations interdisant, à compter du 29 septembre, l’importation de produits laitiers, de spiritueux et de motos canadiennes, tout en élargissant dès le 15 septembre la liste des biens taxés à 50 % — fromages, papier, acier, aluminium, matelas.

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Ces mesures étendent désormais la cible américaine des biens manufacturés aux exportations de services, avec un risque de contagion sur l’investissement et l’emploi. Trump a par ailleurs menacé de porter à 50 % les droits sur l’automobile et l’acier canadiens dès janvier 2027. C’est dans ce climat que le gouvernement de Mark Carney cherche activement de nouveaux débouchés, du côté de Pékin comme de Bruxelles.

Le commerce avec la Chine repart à la hausse

Un rapport publié le 14 septembre par le Conseil d’affaires Canada-Chine et l’Institut de la Chine de l’Université de l’Alberta chiffre cette réorientation : les exportations canadiennes vers la Chine ont grimpé de 30 % sur les six premiers mois de 2026, pour atteindre 21,74 milliards de dollars. Le commerce total de marchandises entre les deux pays atteint 66,6 milliards de dollars, en progression de 3,6 % sur un an. Un redressement notable après plusieurs années de relations tendues, marquées entre 2018 et 2021 par l’affaire Meng Wanzhou et la détention de deux ressortissants canadiens en Chine.

Vers un statut inédit avec Bruxelles

Côté européen, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a proposé mercredi 16 septembre, depuis Strasbourg, de faire du Canada le premier membre associé de l’Union — un statut qui n’existe pas encore dans les traités européens. L’idée avait été esquissée plus tôt dans l’année par le chancelier allemand Friedrich Merz, initialement pensée pour l’Ukraine. Carney, présent au Parlement européen pour le discours sur l’état de l’Union, a toutefois tempéré les attentes : « Nous ne cherchons pas à devenir membre de l’Union européenne », a-t-il déclaré, évoquant plutôt une « alliance unique » fondée sur des valeurs et des priorités communes.

L’eurodéputé allemand Tobias Cremer a de son côté souligné l’intérêt stratégique du Canada pour l’Europe, celui-ci disposant de « bon nombre de ressources dont l’Europe manque cruellement, qu’il s’agisse d’énergie, de terres rares, de minerais ». Un sondage réalisé en avril indiquait que 57 % des Canadiens seraient favorables à une adhésion pleine à l’UE. Les deux parties doivent poursuivre les discussions lors d’un sommet Canada-UE prévu fin octobre à Montréal, en présence de von der Leyen et du président du Conseil européen, Antonio Costa.

Ce double virage se traduit déjà par des gestes concrets. À Pékin, les exportateurs canadiens de canola et de porc, longtemps pénalisés par des restrictions chinoises, profitent d’un assouplissement partiel des échanges depuis l’été. À Bruxelles, les discussions portent notamment sur l’accès des minerais critiques canadiens — lithium, nickel, terres rares — aux chaînes d’approvisionnement européennes. Autant de signaux qui confirment qu’Ottawa ne se contente plus de répliquer aux tarifs américains, mais redessine activement la carte de ses alliances commerciales.

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