La présidente de la Cour pénale internationale a rompu le silence vendredi, quatre jours après avoir été frappée par des sanctions américaines. Tomoko Akane a affirmé sur X, via son éditeur Bungei Shunju, qu’il fallait éviter que cet épisode marque « le début de la disparition de l’État de droit international ».
Une magistrate qui dit ne pas avoir été surprise
La juge japonaise a précisé que la mesure la visant « était en partie anticipée », ajoutant ne pas en être surprise. Le département du Trésor américain avait ajouté son nom, ainsi que celui du juriste sénégalais Abdoulaye Seye, à la liste des personnes sanctionnées le 18 août. Les deux magistrats ne peuvent désormais plus entrer aux États-Unis ; leurs avoirs et opérations bancaires américains sont gelés.
Le secrétaire d’État Marco Rubio justifie ces mesures par l’implication directe des deux responsables dans des enquêtes visant des dirigeants dont les gouvernements ne reconnaissent pas la compétence de la Cour, une allusion aux poursuites engagées contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Sur les 18 juges que compte la CPI, huit faisaient déjà l’objet de sanctions américaines avant l’ajout d’Akane à la liste.
Le gouvernement japonais accusé de manquer de fermeté
Élue à la présidence de la Cour en mars 2024, Akane est la première ressortissante japonaise à occuper ce poste. Sa nomination sous sanctions place le Japon dans une position inédite : jamais un national japonais dirigeant une institution judiciaire internationale n’avait fait l’objet de sanctions financières d’un pays tiers.
Le Premier ministre Sanae Takaichi a qualifié la décision américaine de « très regrettable » le 19 août. Le ministère japonais des Affaires étrangères a tenu des propos similaires dans un communiqué officiel. Ces réactions sont jugées insuffisantes par une partie de la presse et des observateurs nippons, qui reprochent à Tokyo son absence de soutien diplomatique concret face à des mesures visant l’une de ses ressortissantes.
Le Japon n’avait pas signé, en février 2025, une déclaration commune de 79 États membres de la CPI condamnant le décret présidentiel américain instaurant ces sanctions. Cette abstention avait déjà suscité des critiques, interprétées comme une volonté de ménager Washington.
Une pression américaine croissante sur la Cour
Rubio a évoqué la possibilité de démanteler entièrement la Cour si nécessaire, après avoir annoncé le mois dernier vouloir inciter d’autres États membres à s’en retirer. La CPI a de son côté dénoncé une atteinte à l’ordre juridique international, estimant que faire pression sur des acteurs judiciaires pour les empêcher d’appliquer la loi met en danger le système lui-même.
Human Rights Watch a appelé le gouvernement japonais à condamner plus fermement ces sanctions et à défendre, aux côtés des autres États parties, la mission de la Cour. Fondée en 2002, la CPI juge les responsables de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ; ni les États-Unis, ni Israël, ni la Russie n’en sont membres.



