Le général Keith Kellogg, ancien envoyé spécial pour l’Ukraine, redoute qu’une frappe nucléaire russe de faible ampleur ne soit utilisée comme démonstration de force à l’encontre de Kiev. Cette hypothèse, évoquée dimanche 30 août sur Fox News, correspond selon lui à un scénario où Moscou emploierait une charge réduite dans une zone isolée afin de franchir un seuil symbolique.
Kellogg coprésident désormais le Center for American Security à l’America First Policy Institute. Interrogé sur la mission récente de John Ratcliffe à Moscou, il a estimé que les services de renseignement américains disposaient d’éléments suffisamment précis pour justifier ce déplacement, tout en soulignant la persistance d’une inquiétude sur un possible passage à l’acte du président russe Vladimir Poutine.
Une rhétorique jugée irrationnelle
Selon Kellogg, Poutine campe sur une définition personnelle de la victoire militaire, alors même que ses troupes n’ont ni atteint Kiev ni franchi le fleuve Dniepr. Le général affirme s’être rendu en Ukraine la semaine précédente et avoir échangé avec le président Volodymyr Zelensky, qui aurait résumé sa position aux Russes en ces termes : « Vous le voulez, vous allez devoir vous battre pour l’avoir ».
D’après Kellogg, les frappes nocturnes russes contre les villes ukrainiennes, par drones ou missiles balistiques, viseraient rarement des cibles militaires précises. Il affirme avoir lui-même passé une nuit dans un bunker lors de son séjour, en raison de tirs de missiles balistiques.
Le rôle attendu de la Chine
Kellogg juge qu’une frappe nucléaire limitée provoquerait une rupture immédiate des relations chinoises avec Moscou, ce qui dissuaderait selon lui Poutine de franchir ce cap. Il rappelle que le dirigeant russe recourt habituellement à une rhétorique d’escalade dès que les États-Unis ou leurs alliés livrent de nouveaux armements à l’Ukraine, comme les missiles Storm Shadow britanniques.
Cette lecture rejoint celle exposée par Zelensky fin août, qui avait exhorté les États-Unis, l’Europe et la Chine à accroître ensemble la pression sur Moscou pour la pousser vers une table des négociations, estimant que « la Chine doit prouver son ambition d’être l’un des dirigeants mondiaux » en s’opposant à toute menace nucléaire. Le Premier ministre polonais aurait de son côté alerté, après une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, sur une possible provocation russe visant un pays membre de l’Alliance atlantique. Donald Trump aurait pour sa part indiqué cette semaine ne pas croire à un passage à l’acte de Poutine, sans détailler davantage son analyse.
Un retard européen assumé
Kellogg évoque également le retard pris par les pays européens dans le développement de leurs capacités de défense autonomes, évalué à deux ou trois ans, après des décennies de dépendance budgétaire vis-à-vis de Washington. Il cite les échanges tenus en Ukraine avec le Premier ministre britannique et le président finlandais, tous deux inquiets face à la menace pesant sur le sol européen.
Sur le plan industriel américain, Kellogg mentionne une hausse prévue de la production de missiles Tomahawk, de 60 à 1 000 unités par an, ainsi qu’un objectif similaire pour les missiles Patriot, actuellement fixés à 600 unités annuelles. Ce climat de menace nucléaire montre à quel point la ligne entre dissuasion et provocation reste ténue dans le conflit russo-ukrainien, plaçant Washington face à un dilemme stratégique depuis la fin de la Guerre froide.



