À Cotonou, une tendance se dessine chez certains adolescents et jeunes. Plutôt que de suivre des cours de vacances ou de partir en vacances, ils choisissent de se former dans des ateliers de coiffure, de couture, d’informatique, de maintenance, entre autres.
Tobi, une jeune fille de 18 ans qui entre en classe de terminale, fait partie de ces jeunes. « C’est moi qui ai proposé ça à mes parents et ils ont accepté et payé la formation les vacances dernières. Cette formation m’a permis de ne plus dépendre à 100% de mes parents financièrement », confie-t-elle.
Elle a débuté sa formation en coiffure pendant les vacances de l’année dernière, en la poursuivant certains week-ends et mercredis soirs selon son emploi du temps scolaire, avant de s’y consacrer intensivement durant ces vacances. Ses premières clientes ont été les membres de sa famille, ses proches et ses camarades de classe. Concernant les cours de vacances, Tobi pense qu’ils ne sont pas nécessaires pour elle cette année.
Le père de Tobi, longtemps opposé à ce type d’initiative pour ses enfants aînés, explique son revirement. « Quand ses aînés proposaient ce genre de chose, je refusais. Même les jobs de vacances. Pour éviter qu’ils ne prennent le goût de l’argent et ne prennent plus les études en priorité. Ma vision des choses a changé au fil des années », indique-t-il.
Ce père de famille a fini par laisser ses derniers enfants suivre des formations professionnelles pendant les vacances, après avoir observé ces dernières années des jeunes diplômés, titulaires d’un bac, d’une Licence ou d’un Master se tourner vers l’apprentissage de ces métiers pour échapper au chômage. « Je ne suis pas éternel et rien ne prouve que d’ici quelques années je serai toujours en mesure de prendre soin d’eux financièrement comme je le fais actuellement. Et dans le monde d’aujourd’hui, il est plus avantageux d’avoir plusieurs cordes à son arc pour s’assurer que si l’une ne marche pas, l’autre marchera », ajoute-t-il.
Béni suit une logique similaire à celle de Tobi. Après une formation en informatique l’an dernier, il a choisi cette année d’apprendre la coiffure homme pendant les vacances. « Cette coiffure sur ma tête, je l’ai faite moi-même. Je compte devenir d’abord le coiffeur de ma famille et avec le temps, je vais élargir ma clientèle. Ça va me permettre de ne pas trop galérer dans ma prochaine vie d’étudiant », laisse-t-il entendre.
Regard d’une spécialiste sur cette tendance
« Ce n’est pas une mauvaise chose en soi. Cela peut même être recommandé. Ce sont des occasions qui permettent à l’enfant de faire de nouvelles expériences, de vivre d’autres réalités qui existent dans son environnement », souligne Valérie Mitokpè, psychopédagogue et coach en Programmation Neuro Linguistique. D’après elle, aller dans un atelier de coiffure pour un mini stage d’apprenti permet à l’enfant de se faire une autre idée du travail artisanal. « Avant s’il y allait en tant que client pour se faire faire sa coiffure, maintenant il y va pour faire la coiffure à d’autres personnes. Cela peut lui permettre de changer sa perception et favoriser une meilleure observation », ajoute la psychopédagogue.
Toutefois, elle invite les parents à ne pas imposer cette tendance aux enfants ou transformer ce mini stage en travaux forcés ou en punition. Elle indique qu’il est préférable d’en discuter avec l’enfant d’abord et d’éveiller chez lui cette curiosité de découverte et d’apprentissage. « L’autre chose à laquelle il faut veiller est que le temps passé en atelier ne devienne pas une corvée pour l’enfant. Avec un patron trop exigeant, trop rigide qui va confondre le vacancier stagiaire aux apprentis. Les heures doivent être négociées et la période de stage bien définie. Soit le matin, soit l’après-midi », laisse-t-elle entendre.
Elle rappelle que les cours de vacances ne constituent pas l’unique option pour occuper les enfants durant cette période. « Les cours de vacances ne sont pas les seules occupations des vacances. Permettre à un enfant une initiation à l’informatique, au reportage, à la photographie, à la mécanique, la maçonnerie, peut être très bénéfique pour l’enfant à court, moyen et même à long terme », conclu la psychopathologue.



