Afrique : pourquoi Washington retire ses drones Reaper de ses bases

Le Pentagone prévoit de transférer ses drones MQ-9 Reaper stationnés en Afrique vers le commandement chargé de l’Amérique du Sud, selon six sources proches du dossier citées par CNN. Ce redéploiement accompagne un renforcement militaire plus large en direction de la Colombie et de l’Équateur, où Washington prépare des opérations de lutte antidrogue et antiterroriste. L’appareil, capable de mener aussi bien des missions de surveillance que des frappes de précision, constitue depuis deux décennies l’un des piliers de la stratégie américaine de guerre à distance.

Un basculement des priorités américaines

Plusieurs sources ayant connaissance du dossier redoutent que ce retrait ne complique les opérations antiterroristes encore en cours sur le continent africain. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a pourtant fixé, dans la Stratégie de défense nationale publiée en janvier, la protection du territoire américain et de l’hémisphère occidental comme priorité absolue du Pentagone. L’Afrique occupait déjà, avant cette annonce, le dernier rang des priorités militaires américaines, loin derrière le Pacifique, le Moyen-Orient et l’Europe. Le secrétaire d’État Marco Rubio a par ailleurs évoqué la semaine dernière, lors d’un déplacement dans la région, une « ère dorée » des relations entre Washington et Bogotá. Un accord distinct prévoit déjà le prêt de trois drones MQ-9A à la Colombie pour surveiller les corridors du narcotrafic.

(📲 Ne ratez aucune de nos news géopolitiques! Rejoignez 👉 LNT Inter sur WhatsApp !)

Une flotte fragilisée par la guerre contre l’Iran

Ce redéploiement intervient alors que le stock américain de Reaper s’est fortement réduit ces derniers mois. Selon un rapport du Washington Post, cité par trois responsables américains, l’armée américaine a perdu au moins 45 appareils lors du conflit contre l’Iran, soit environ un quart de sa flotte d’avant-guerre. La facture dépasserait 1,3 milliard de dollars pour ce seul système d’arme, chaque unité coûtant entre 30 et 50 millions de dollars selon sa configuration. Un rapport officiel de l’inspecteur général du Département de la Guerre a depuis revu ce chiffre à la hausse, comptabilisant jusqu’à 30 Reaper détruits entre fin février et fin juin, davantage que la totalité des pertes d’aéronefs pilotés combinées.

Le général Kenneth S. Wilsbach avait qualifié l’appareil de « meilleur élément » du dispositif américain durant le conflit. Or, le constructeur General Atomics ne disposerait plus que d’une dizaine d’exemplaires neufs disponibles à la vente, la production ayant été suspendue au profit du modèle successeur MQ-9B. Cette pénurie contraint désormais le Pentagone à redistribuer ses appareils existants entre les théâtres jugés prioritaires plutôt qu’à en commander de nouveaux.

Un dispositif déjà présent dans les Caraïbes

Ce transfert vient s’ajouter à un dispositif déjà déployé dans la région depuis plusieurs mois. L’armée américaine avait envoyé l’an dernier une combinaison de drones MQ-9, de chasseurs F-35 et d’au moins un canonnier volant AC-130 dans les Caraïbes, dans le cadre de sa campagne contre les embarcations soupçonnées de trafic de drogue. L’ambassade américaine au Panama a par ailleurs annoncé jeudi la livraison de plus de 6 millions de dollars de systèmes de drones longue portée, distincts des MQ-9, destinés à ce pays.

Laisser un commentaire