Le Pentagone prépare le successeur du MQ-9A Reaper, son drone de combat vétéran vieux de vingt ans, avec un objectif de coût fixé à 10 millions de dollars par appareil. La startup californienne Swarm Aero a dévoilé lundi à la conférence Air, Space and Cyber son candidat, baptisé Gamera, dans le cadre du programme Massed Modular Aircraft (MMA) piloté par la Defense Innovation Unit et l’Air Force. Ce chantier a été relancé après que Téhéran a démontré une capacité à abattre l’appareil bien au-delà des attentes américaines.
Des pertes qui ont surpris Washington
Le coût de la guerre contre l’Iran pour la flotte de Reaper dépasse 1,3 milliard de dollars, selon le Washington Post. Près d’un quart des appareils, environ 45 unités, ont été perdus depuis le déclenchement du conflit fin février 2026. Un premier bilan officiel du Département de la Guerre, cité par DroneXL, recense pour sa part 30 destructions entre fin février et fin juin, un chiffre qui dépasse à lui seul l’ensemble des pertes d’avions pilotés sur la même période. Une partie de ces drones n’aurait pas été abattue directement mais perdue après une rupture de la liaison de données avec leurs opérateurs, selon un responsable cité par le Post.
Ce déclin a forcé le Pentagone à revoir sa doctrine. Un avis de la Defense Innovation Unit publié en juillet réclamait des designs capables d’être produits en grand nombre et à faible coût sous cinq ans, jugeant qu’une dépendance à des appareils « peu nombreux et à haute valeur » n’était plus tenable face à des défenses aériennes modernes.
Les caractéristiques du drone Gamera
Le Gamera rompt avec l’architecture classique du Reaper : deux fuselages parallèles, sans effort de furtivité, pour un appareil que Swarm Aero veut simple et optimisé pour l’extrême distance. Selon Oliver Palmer, cofondateur et directeur des revenus de l’entreprise, « ce que nous avons fait va à l’encontre de la logique habituelle », avec un appareil non furtif pensé pour la portée maximale. Une autonomie sans ravitaillement pouvant atteindre 16 700 kilomètres (9 000 milles nautiques) figure parmi ses atouts principaux, complétée par sept points d’emport pour armes et charges utiles, pour une capacité totale de 1 270 kilogrammes.
L’engin affiche une envergure de 22 mètres environ. Son turbopropulseur Honeywell TPE331 est installé dans une nacelle entre les deux fuselages, au-dessus de l’aile, une configuration inédite sur ce segment. Le premier vol est visé pour 2027. Swarm Aero n’est pas seule sur ce marché : General Atomics, le fabricant historique du Reaper, propose déjà son propre candidat, le Wildfire.
Une stratégie cohérente avec les nouvelles guerres de drones
Ce virage vers le low-cost reflète une tendance déjà observée ailleurs. En Ukraine, les drones FPV, assemblés pour 400 à 500 dollars pièce, seraient responsables selon certaines estimations de 60 à 80% des pertes de véhicules russes, montrant comment de petits appareils bon marché peuvent neutraliser des équipements coûtant des millions. Kiev prévoyait d’en acquérir 4,5 millions rien que sur l’année 2025. Côté iranien, les drones utilisés pour saturer les défenses américaines et alliées au Moyen-Orient, produits en masse et à moindre coût, ont eux aussi démontré leur efficacité contre du matériel bien plus onéreux. Réduire le coût unitaire du successeur du Reaper permettrait ainsi au Pentagone d’accepter des pertes plus importantes sans fragiliser durablement sa flotte, une logique déjà éprouvée sur d’autres théâtres.



