Un drone chargé d’explosifs a visé un avion-cargo ukrainien dans la nuit du 4 au 5 août à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne. L’engin, contenant de l’explosif plastique de type Semtex, a rebondi sur la carlingue de l’appareil sans détoner avant de s’écraser au sol.
La cible visée n’était pas anodine : un Antonov An-124, avion-cargo lourd ukrainien stationné sur le tarmac de cette plateforme logistique essentielle au transit de matériel militaire vers l’Ukraine. Un robot de déminage de la police allemande a désamorcé la charge explosive restée intacte sur les lieux.
Comment Berlin a établi la responsabilité de Moscou
Les traces biologiques prélevées sur le drone, sur une boîte de conserve remplie d’explosifs et sur une antenne retrouvée près de l’aéroport ont permis à la police criminelle allemande de remonter jusqu’à deux suspects. Les correspondances ADN, établies grâce à des bases de données européennes en Lituanie et en Finlande, ont mené à l’identification de deux hommes porteurs de passeports russes, révélée le 2 septembre par trois médias allemands — Süddeutsche Zeitung, NDR et WDR.
Le 1er septembre, le ministre fédéral de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a formellement attribué l’opération à la Russie, la qualifiant d’attaque hybride. Il a néanmoins tenu à clarifier la portée de cette accusation : « L’Allemagne ne se trouve pas en guerre avec la Russie« , a-t-il précisé, un mois après la découverte de l’engin explosif.
Berlin a immédiatement annoncé une série de mesures de rétorsion : fermeture du consulat russe de Bonn, résiliation du bail de la Maison russe de Berlin, préparation de l’expulsion de diplomates, durcissement des contrôles d’entrée pour les citoyens russes et pression accrue sur la flotte fantôme russe — cet ensemble de pétroliers et méthaniers clandestins utilisés par Moscou pour exporter ses hydrocarbures. L’ambassadeur russe en Allemagne, Sergueï Netchaïev, a dénoncé de son côté « une escalade sans précédent des relations russo-allemandes », ajoutant que ces mesures « ne resteront pas sans conséquences« . Moscou continue de nier toute implication dans l’incident.
L’Alliance atlantique affiche son soutien à Berlin
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, s’est entretenu avec le chancelier allemand Friedrich Merz avant de déclarer sur X : « L’Otan se tient pleinement aux côtés de l’Allemagne après l’attaque hybride russe à Leipzig« . Il a ajouté que l’Alliance protégerait ses membres contre toute menace, y compris hybride. Cette solidarité affichée intervient alors que la présidente de la Commission européenne devait aborder le sujet lors d’une rencontre avec Rutte, tandis que des sanctions supplémentaires sont préparées par les ministres européens des Affaires étrangères.
Les chargés d’affaires russes à Paris, Lisbonne et auprès de l’Union européenne ont été convoqués depuis l’annonce de Berlin. Le ministre estonien de la Défense, Hanno Pevkur, a résumé la situation en marge d’une réunion informelle des ministres européens de la Défense : selon lui, la Russie teste les limites de l’article 5, celui qui fonde le principe de défense collective de l’Alliance, cherchant à identifier où se situe la ligne à ne pas franchir.
Un cadre de tensions déjà élevées entre Moscou et l’Alliance
L’épisode de Leipzig ne survient pas isolément. Un survol de drones a conduit à la suspension temporaire de l’aéroport de Munich, tandis que des incursions de drones et d’avions russes ont été signalées ces dernières semaines dans l’espace aérien de plusieurs pays membres de l’OTAN. Face à cette accumulation d’incidents, l’Alliance avait averti Moscou fin 2025 qu’elle emploierait, conformément au droit international, tous les outils militaires et non militaires nécessaires pour se défendre.
Un élément de cadre antérieur éclaire la portée de l’accusation allemande actuelle : dès juillet, le renseignement intérieur allemand avait déjà attribué à Moscou l’incendie d’un colis dans un centre logistique du transporteur DHL à Leipzig, un incident jugé capable de causer une explosion s’il s’était déclenché en plein vol. Le patron du service fédéral de renseignement extérieur, Bruno Kahl, avait par ailleurs averti les députés allemands que la Russie serait probablement en mesure de mener une attaque militaire directe contre l’OTAN d’ici la fin de la décennie, évoquant une augmentation significative des actes d’espionnage et de sabotage visant l’Allemagne.
Le déplacement à Moscou du directeur de la CIA, John Ratcliffe, fin août, s’ajoute à cette séquence. Selon le Wall Street Journal et CBS, il aurait cherché à dissuader la Russie de toute attaque contre un membre de l’OTAN, une version que le président américain Donald Trump a minimisée en qualifiant la visite de semi-routine destinée à évoquer la guerre en Ukraine. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé des échanges qualifiés de positifs entre services secrets, sans rencontre avec Vladimir Poutine, et sans qu’aucun autre contact ne soit prévu à ce stade.



