CPI : sanctionnée par les USA, la juge béninoise Alapini-Gansou raconte son choc

Reine Alapini-Gansou, juge béninoise de la Cour pénale internationale (CPI), a raconté mercredi 23 septembre 2026 à Paris les conséquences des sanctions américaines qui la visent depuis 2025. Également, condamnée par contumace en Russie dans le cadre des poursuites engagées contre des responsables de la CPI, elle intervenait à l’Assemblée nationale française au lendemain d’un appel de Donald Trump au retrait des États membres de la Cour.

La magistrate a décrit les difficultés provoquées par son inscription sur la liste américaine des personnes sanctionnées. « Voir son nom inscrit sur une liste de hors-la-loi, quand on a consacré sa vie au droit, devrait tout de même choquer », a-t-elle déclaré, selon les propos rapportés lors de son intervention par plusieurs médias français dont RFI.

Des sanctions américaines depuis juin 2025

Washington a inscrit Reine Alapini-Gansou sur sa liste de sanctions le 5 juin 2025. La mesure concernait alors quatre juges de la CPI, dans le contexte des procédures engagées par la Cour concernant le dossier de Benjamin Netanyahu et de son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant.

Selon son témoignage à Paris, ces mesures ont eu des conséquences directes sur son quotidien. Elle affirme ne plus pouvoir utiliser normalement certaines cartes de crédit ni voyager comme auparavant. Elle a aussi évoqué les inquiétudes suscitées par cette situation pour elle-même et sa famille.

Lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies le 22 septembre, Donald Trump a demandé aux États membres de quitter la CPI, qu’il a qualifiée d’institution « hors de contrôle ». Cette nouvelle déclaration intervient alors que neuf des 18 juges de la Cour sont visés par des sanctions américaines, selon les propos rapportés par Blick.

Une condamnation en Russie

La pression exercée sur la juge béninoise ne vient pas uniquement des États-Unis. Le 12 décembre 2025, un tribunal de Moscou a condamné par contumace plusieurs responsables de la CPI, dont Reine Alapini-Gansou, dans le contexte de l’affaire liée au mandat d’arrêt délivré en mars 2023 contre Vladimir Poutine. Les peines prononcées contre les huit juges allaient de trois ans et demi à quinze ans. L’ancien procureur de la CPI Karim Khan a écopé d’une peine de 15 ans de prison.

Une juge au parcours international

Reine Alapini-Gansou est actuellement seconde vice-présidente de la CPI. Elle a été élue juge le 8 décembre 2017 et exerce depuis le 11 mars 2018. Son mandat doit s’achever le 10 mars 2027.

Avant de rejoindre la CPI, la magistrate béninoise a travaillé pendant 12 ans à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle en a été présidente de 2009 à 2012 et a aussi occupé les fonctions de rapporteure spéciale sur la situation des défenseurs des droits humains en Afrique entre 2005 et 2009, puis de 2012 à 2017.

À Paris, Reine Alapini-Gansou a dit rester attachée à sa fonction malgré ces pressions. « Il faut rester fidèle à son serment », a-t-elle déclaré, appelant les États à prendre des mesures concrètes face aux menaces pesant sur la Cour.

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