Développement à la base : Wadagni mise sur six poles pour transformer le Bénin

Présentée au Palais de la Marina devant les maires des 77 communes, les préfets et plusieurs responsables des institutions, la réforme des pôles territoriaux veut faire du développement local un levier central de la prochaine séquence gouvernementale. Six grands ensembles territoriaux seront appelés à porter des projets adaptés à leurs potentialités, sous le regard de délégués généraux dont les résultats devront être mesurables.

Le développement du Bénin veut changer d’échelle. Et surtout de méthode. Présentée mercredi 23 septembre au Palais de la Marina, la réforme des pôles territoriaux entend rapprocher davantage l’action publique des réalités locales et faire des territoires des moteurs de création de richesses. Devant les maires des 77 communes, les préfets, le président de l’Assemblée nationale, les membres du Conseil économique et social et plusieurs membres du Gouvernement, le président Romuald Wadagni a donné le ton d’une réforme appelée à structurer l’action publique au cours des sept prochaines années.

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L’idée n’est plus seulement de multiplier les projets dans les communes. Il s’agit désormais de mieux identifier les forces économiques de chaque espace, de concentrer les efforts et de mesurer les résultats. Trois priorités ont été placées au cœur du dispositif : réduire l’extrême pauvreté, développer le capital humain et créer davantage de richesse à la base.

Six territoires, six moteurs de croissance

La nouvelle architecture repose sur six pôles territoriaux qui ne correspondent pas systématiquement aux limites administratives actuelles. Le Nord-Est réunira le Borgou et l’Alibori, tandis que le Nord-Ouest regroupera l’Atacora et la Donga. Le Centre associera le Zou et les Collines. Au Sud, le Sud-Est réunira l’Ouémé et le Plateau, le Sud-Ouest couvrira le Mono, le Couffo et une partie de l’Atlantique, tandis que le Grand Nokoué englobera le Littoral et des parties de l’Atlantique et de l’Ouémé.

Cette organisation traduit une volonté de sortir d’une logique uniforme. Tous les territoires ne disposent ni des mêmes ressources, ni des mêmes infrastructures, ni des mêmes opportunités. La réforme entend donc construire des stratégies de développement à partir des réalités locales.

Chaque pôle devra ainsi identifier ses moteurs de croissance. L’agriculture productive figure parmi les priorités, avec une volonté affichée de mieux soutenir les producteurs. Le Gouvernement prévoit également au moins une industrie par pôle, une valorisation du potentiel touristique à travers une ville et un village de splendeur, ainsi que l’émergence de territoires favorables à l’innovation.

À cette spécialisation territoriale doit s’ajouter un socle commun : infrastructures, capital humain qualifié, développement des petites et moyennes entreprises et mesures destinées à attirer les investisseurs. L’objectif affiché est de faire émerger des projets capables de produire des emplois, de renforcer les économies locales et d’améliorer les conditions de vie.

Les délégués généraux au cœur du dispositif

La réforme introduit également une nouvelle fonction : celle de délégué général de pôle. Leur rôle sera moins celui d’une nouvelle autorité administrative que celui d’un coordonnateur du développement territorial.

Le Gouvernement précise que cette fonction ne remet pas en cause les prérogatives des préfets et des maires. Les préfets conserveront leurs missions de représentation de l’État, de coordination des services déconcentrés et de tutelle administrative des communes. Les maires continueront, eux, d’exercer leurs compétences dans le cadre de la décentralisation. Les délégués généraux auront pour mission de coordonner les actions de développement et de suivre l’exécution des projets territoriaux.

Le changement attendu se situe donc moins dans l’organigramme que dans la capacité à faire travailler ensemble les différents acteurs autour d’objectifs communs.

Les premiers délégués généraux doivent être installés à partir du quatrième trimestre 2026. Ils auront notamment à identifier les secteurs porteurs, engager les concertations avec les acteurs locaux et définir les projets prioritaires. Des feuilles de route devront ensuite préciser les responsabilités de l’État, des communes et du secteur privé ainsi que les besoins de financement.

Du discours aux résultats

C’est probablement sur ce terrain que la réforme sera le plus attendue. Le dispositif prévoit une évaluation des performances des pôles. Les responsables ne devront donc pas seulement rendre compte des actions engagées, mais des résultats obtenus.

Création d’emplois, développement des filières économiques, attractivité des territoires et amélioration des conditions de vie figurent parmi les critères appelés à mesurer les effets de la réforme. Un premier bilan est envisagé au terme de la première année.

Cette logique de résultat explique aussi l’insistance de Romuald Wadagni sur la présence effective des responsables dans les territoires. Les futurs délégués généraux devront y résider, aller sur le terrain et rendre compte directement des difficultés comme des progrès enregistrés. Le président de la République a également appelé les cadres à s’intéresser davantage au développement de leurs régions et villages d’origine.

L’autre bataille : changer les pratiques

Au-delà des investissements et des infrastructures, le chef de l’État a placé la question des comportements au centre de son intervention. Aux maires et aux préfets, Romuald Wadagni demande davantage d’exigence face à l’insalubrité, aux déchets, à l’indiscipline et au non-respect des règles de vie collective.

La méthode préconisée repose toutefois sur la pédagogie et l’exemplarité. L’ambition affichée est de faire des communes des espaces plus propres, mieux organisés et plus attractifs, notamment à travers l’amélioration des entrées de villes et des espaces publics.

Le message est donc double. Il ne suffit pas de créer une nouvelle architecture territoriale ; encore faut-il que ceux qui l’animent changent leur manière de travailler. Le président a appelé les responsables locaux à ne plus laisser passer les pratiques qui constituent des freins au développement.

Une nouvelle étape pour le développement local

Avec cette réforme, le Gouvernement entend franchir une nouvelle étape dans sa politique de développement à la base. La création des six pôles doit permettre de mieux valoriser les potentialités de chaque territoire, de concentrer les investissements sur des secteurs porteurs et de renforcer la coordination entre l’État, les collectivités territoriales et les acteurs économiques.

La mise en place progressive des délégués généraux, l’élaboration des feuilles de route territoriales et le suivi régulier des performances doivent donner une traduction concrète à cette nouvelle architecture. À travers les six pôles, Romuald Wadagni entend ainsi inscrire le développement territorial au cœur de la prochaine séquence de l’action publique : une approche fondée sur les potentialités locales, l’investissement, la création d’emplois et la transformation des économies territoriales.

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