Une caserne de l’Armée nationale populaire (ANP) va devenir une prison de haute sécurité destinée aux grands trafiquants de drogue. La décision a été actée ce mercredi 2 septembre 2026 lors d’une réunion du Haut-Conseil de Sécurité, présidée par Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne.
Un site choisi pour son isolement
L’établissement pénitentiaire sera implanté à Tanezrouft, une zone désertique du Sahara algérien surnommée le « Désert de la Soif » en raison de son aridité extrême. Ce choix géographique n’est pas anodin : l’éloignement et l’isolement complet du site viseraient à couper toute possibilité de contact entre les détenus et leurs réseaux criminels ou leurs cercles d’influence habituels. La prison accueillera spécifiquement les barons de la drogue et les grands trafiquants de stupéfiants, à l’écart du reste de la population carcérale.
En parallèle de ce projet pénitentiaire, l’Algérie a également décidé de créer une agence spécialisée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, sur le modèle de structures existant à l’étranger, à l’image de la DEA américaine.
Une répression qui s’est durcie ces dernières années
Cette annonce s’ajoute à une série de mesures prises depuis 2025. Une nouvelle loi, publiée au Journal officiel, a érigé le narcotrafic en menace pour la sécurité nationale et prévoit désormais des peines pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Une stratégie nationale de lutte contre la drogue et les psychotropes, couvrant la période 2025-2029, a également été mise en place, combinant prévention, traitement médical et dissuasion pénale. Le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, avait qualifié sa première année d’application de « saut dynamique et tangible sur le terrain ».
Les résultats opérationnels montrent cette mobilisation accrue. En 2025, les autorités algériennes ont saisi plus de 37 tonnes de cannabis, près de 1 462 kg de cocaïne, 2 037 kg d’héroïne et plus de 43 millions de comprimés psychotropes, selon les chiffres communiqués par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie. De son côté, l’ANP a annoncé l’arrestation de 2 354 narcotrafiquants et la saisie de 35 tonnes de kif traité en provenance du Maroc sur la même année.
À titre de comparaison historique, les saisies de résine de cannabis s’élevaient à 78 tonnes sur l’ensemble du premier semestre 2013, une période où l’armée algérienne venait tout juste de recevoir mandat pour intervenir directement dans la lutte antidrogue, jusque-là confiée à la gendarmerie, aux douanes et à la police des frontières.
Vers un dispositif institutionnel renforcé
La création simultanée d’une agence spécialisée et d’une prison dédiée aux grands trafiquants marquerait une nouvelle étape dans l’architecture répressive algérienne. Ce dispositif viendrait compléter l’arsenal juridique déjà renforcé, dans un cadre où le pays reste confronté à des flux de stupéfiants en provenance de ses frontières occidentales et méridionales. Les modalités précises de fonctionnement de la future agence, ainsi que le calendrier de transformation de la caserne de Tanezrouft, n’ont pas encore été communiqués par les autorités.
