Maroc - Israël : le statu quo diplomatique prend fin après six ans avec le sommet de New York

Gideon Sa’ar, ministre israélien des Affaires étrangères, et Nasser Bourita, son homologue marocain, ont acté mardi la nomination d’ambassadeurs entre leurs deux pays lors d’un sommet trilatéral à New York, en présence de l’ambassadeur américain auprès des Nations unies Mike Waltz. Six ans après la normalisation de leurs relations, Israël et le Maroc n’avaient jusqu’ici échangé que des chargés de mission, sans élever leurs représentations au rang d’ambassades.

Cette rencontre s’est tenue au lendemain d’une réception organisée par Waltz pour marquer le sixième anniversaire des Accords d’Abraham, accords de normalisation signés en 2020 sous l’égide de l’administration Trump entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn puis le Maroc. Des représentants émiratis, bahreïnis, marocains, israéliens, américains et kazakhs ont participé à cette réception, aux côtés du ministre Sa’ar et de membres du Board of Peace.

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Des ambassades pleines actées à New York

Les trois délégations se sont engagées à élever leurs représentations diplomatiques respectives au rang d’ambassades et à y nommer des ambassadeurs, selon le compte-rendu du ministère israélien des Affaires étrangères. Sa’ar et Bourita devaient se retrouver en tête-à-tête plus tard dans la journée. Selon ce même compte-rendu, Washington aurait joué un rôle décisif dans l’organisation de cette rencontre et dans le rapprochement entre les deux capitales, ce dont Tel-Aviv se serait félicité.

Investissements et vols directs à l’agenda

Rabat et Tel-Aviv ont convenu de finaliser d’ici la fin de l’année deux accords bilatéraux, l’un sur la protection des investissements, l’autre sur la prévention de la double imposition. Ces textes doivent encadrer une hausse des échanges commerciaux entre les deux pays. Des compagnies aériennes marocaines devraient également lancer des liaisons directes vers Israël dans les prochaines semaines, une première depuis la normalisation.

Une coopération militaire déjà avancée

Le volet diplomatique de cette relation contraste avec l’avancée du volet sécuritaire, engagé dès 2021. Le Maroc a acquis depuis cette date plusieurs systèmes de défense israéliens, dont le système antiaérien Barak MX pour un montant de 500 millions de dollars signé en 2023, ainsi que des munitions rôdeuses Harop et Harpy produites par Israel Aerospace Industries pour 120 millions de dollars. Le royaume a commandé le système anti-drone Skylock Dome dès 2021.

Cette coopération a permis l’installation, près de Casablanca, d’une usine de production de drones du groupe israélien BlueBird Aero Systems, filiale d’Israel Aerospace Industries. Le site, dont la mise en service a été confirmée par son dirigeant Ronen Nadir en 2024, doit produire des drones rôdeurs de type SpyX et inclut la formation de cadres des Forces armées royales marocaines directement en Israël. Ce rapprochement militaire, engagé un an après la normalisation via un protocole signé par l’ancien ministre israélien de la Défense Benny Gantz, a précédé de plusieurs années l’ouverture d’ambassades pleines entre les deux capitales.

Un cadre élargi aux Accords d’Abraham

Le sommet de New York coïncide avec les six ans des Accords d’Abraham, qui ont normalisé les relations d’Israël avec les Émirats arabes unis et Bahreïn en septembre 2020, avant l’adhésion du Maroc en décembre de la même année. La reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en 2020, avait constitué la contrepartie de cet accord ; Israël a fait de même en 2023.

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