Du préjugé ethnique à la haine : Et si nous apprenions enfin à juger les actes au lieu des origines ?

Dans nos discussions quotidiennes, autour d’un verre, lors des fêtes familiales ou au détour des conversations de rue, un venin silencieux s’infiltre souvent sans que nous en prenions pleinement la mesure. Il s’agit du préjugé ethnique. À force de répétition, des phrases lourdes de sens finissent par passer pour des vérités absolues. Telle communauté est ci, telle autre est ça. Et ces préjugés finissent souvent par créer de la haine, de la division, alors qu’il aurait été bien de juger chacun sur ses actes et non son appartenance ethnique.

« Les gens d’Abomey ont un mauvais cœur », « Ceux d’Agonlin sont des sorciers ou aiment trop les gris-gris », « Les Baribas sont trop fiers ou agressifs », « Les Dendi et les Nagot ne pensent qu’au commerce », « Les Adja ou les habitants du Mono ont telle tare irréparable »… La liste des étiquettes est longue, et chaque région, chaque communauté se voit affublée de clichés peu glorieux.

(📲 Rejoignez dès maintenant 👉 la communauté de La Nouvelle Tribune sur WhatsApp !)

Ces généralisations hâtives consistent à réduire des individus, dans toute leur diversité et leur complexité humaine, à l’appartenance géographique ou linguistique de leurs ancêtres. On passe sous silence les qualités indéniables de ces peuples (la richesse culturelle, le sens de l’hospitalité, la rigueur au travail ou la valeur de la parole donnée), pour ne mettre en lumière que des travers supposés ou des expériences isolées. Le plus tragique est que ce comportement n’est pas l’apanage d’une seule région. A l’échelle du continent ou du monde, le réflexe du rejet de l’autre repose sur ce même mécanisme de stigmatisation.

Les conséquences de ces vérités fabriquées sont réelles et dévastatrices. Au sein des familles, ces stéréotypes empoisonnent les relations et s’immiscent là où l’amour devrait triompher. Combien de jeunes couples ont vu leur projet de mariage brisé net par des parents intransigeants au seul motif que l’élu(e) du cœur venait d’une ethnie jugée « incompatible » ou « dangereuse » ? Ces refus dogmatiques créent des blessures profondes, dressent des barrières invisibles entre les citoyens et mettent à mal la cohésion sociale. À une échelle plus large, ces raccourcis mentaux alimentent le repli identitaire, le favoritisme et le ressentiment, détruisant ainsi le socle de l’unité nationale.

Tout peuple a son bon et son mauvais côté

Pourtant, aucune communauté n’a le monopole de la bonté ni celui de la malice. Chaque groupe humain est composé d’hommes et de femmes vertueux, mais aussi d’individus faillibles. La méchanceté, l’honnêteté, la générosité ou l’aigreur ne sont pas inscrites dans un code génétique régional ou ethnique. Elles relèvent de l’éducation, des parcours individuels et des choix de vie de chacun. Associer un comportement individuel négatif à toute une collectivité est une injustice morale et un non-sens sociologique.

Bâtir une nation forte et harmonieuse exige de dépasser ces grilles de lecture archaïques. L’unité d’un peuple ne naît pas de l’uniformité, mais de la capacité à s’accepter dans la différence et à faire de la diversité une richesse partagée. L’intégration des cultures, les brassages communautaires et les mariages interethniques constituent des ciments indispensables pour consolider la paix durable.

Il est temps de déconstruire ces clichés hérités du passé et de juger chaque citoyen sur la valeur de ses actes et de son cœur, plutôt que sur le nom de sa localité d’origine. C’est à ce prix que nous pourrons offrir aux générations futures une société apaisée, inclusive et résolument tournée vers l’avenir.

Laisser un commentaire