Église du christianisme céleste : Une réunification difficile mais pas impossible

Réuni avec la diaspora et les dignitaires célestes à Saint-Ouen-sur-Seine il y a quelques jours, l’ancien chef de l’État béninois et facilitateur du processus, Patrice Talon, a levé le voile sur les facteurs qui l’ont poussé à s’investir personnellement dans la résolution de la crise historique de l’Église du Christianisme Céleste (ECC). Une médiation au long cours, guidée par une conviction profonde mais confrontée à de nombreuses réalités du terrain.

Fondée en 1947 au Bénin par le prophète Samuel Biléhou Joseph Oshoffa, l’Église du Christianisme Céleste est restée plongée, dans de tristes déchirements internes. La disparition de son guide spirituel a laissé place à de vives querelles de succession, morcelant la communauté entre plusieurs factions, notamment le Saint-Siège de Porto-Novo au Bénin et celui d’Imèko au Nigeria. Face à cette situation de crise et à l’impact des rivalités sur la cohésion sociale, l’État béninois a fini par sortir de sa réserve pour jouer les médiateurs.

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Un parcours méthodique face aux résistances du terrain

L’initiative d’unification ne date pas d’hier. L’année 2025 avait déjà marqué un tournant décisif avec l’installation, le 26 avril à Cotonou, d’un conseil supérieur de transition (CST) composé de 15 membres, réunissant autour d’une même table les représentants des factions rivales, dont les Révérends Pasteurs Bennett Adéogun et Friday Oshoffa.

Après un an de travaux intensifs, le CST a officiellement remis son rapport final le 30 avril 2026 à Patrice Talon et au président élu Romuald Wadagni, ouvrant la phase opérationnelle. Ce document fondateur a permis de structurer une Constitution unifiée, un Règlement intérieur ainsi qu’une harmonisation de la liturgie et des cantiques. Dans la foulée, le 4 juin 2026, un Conseil supérieur de mise en œuvre (CSM) de 34 membres prenait le relais pour concrétiser ces réformes. Patrice Talon a d’ailleurs intensifié les démarches de proximité, se rendant notamment le 23 juillet 2026 au domicile du Révérend Pasteur Bennett Adéogun à Porto-Novo.

Des défis qui appellent à maintenir les efforts

Pourtant, le chemin vers l’unité parfaite demeure parsemé d’embûches. Lors du passage à la phase d’exécution, des réserves ont émergé, y compris de la part du Révérend Friday Oshoffa qui a souhaité différer la concrétisation de l’ultime étape. Sur le plan régional, des foyers de tension subsistent, à l’image des contestations exprimées par les diocèses du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada ou de la crainte de certains dirigeants locaux de perdre leurs prérogatives institutionnelles et financières.

Pour consolider ce processus et garantir la paix publique, les autorités béninoises préparent d’ailleurs un projet de loi spécifique sur le statut des associations religieuses. Seulement, cette loi, si elle est prise, ne concernera que l’église du Bénin et pas celle des autres pays. Conscients de la situation, les acteurs de la médiation rappellent que la réconciliation ne s’imposera pas par décret, mais qu’elle se construira progressivement par la volonté d’apaisement, le pardon et le temps. Le chemin parcouru dans le processus de la réunification n’est donc pas vain, certes, mais il faut encore poursuivre les efforts et obtenir l’adhésion de toutes les tendances. L’engagement et la motivation de Patrice Talon arriveront certainement à trouver la meilleure issue.

Un devoir républicain, une foi assumée et une fierté identitaire

La première motivation mise en avant par l’ancien chef de l’État relève directement de sa charge politique passée. En tant que premier responsable de la nation, Patrice Talon estime qu’il lui incombait de veiller au bien-être matériel, physique et spirituel des citoyens. « Mon rôle, ma charge en tant que président de la République était de ne pas laisser mes concitoyens dans des conflits religieux d’ici et là. Dans cette responsabilité, je me suis engagé à aller au bout de cette démarche en réunissant les uns et les autres, et les amener à la concorde », a-t-il affirmé pour justifier l’intervention publique dans la sphère confessionnelle.

Au-delà de la fonction d’État, la deuxième raison invoquée s’enracine dans la sphère de la conscience et de la foi intime. Sans détour, Patrice Talon s’est déclaré « chrétien et céleste de cœur », qualifiant ainsi de devoir personnel le fait de se mettre au service de la paix au sein de sa propre communauté de foi. Enfin, la troisième motivation tient au patriotisme et à la fierté culturelle. Née sur le sol béninois, l’Église du Christianisme Céleste représente à ses yeux un patrimoine spirituel inestimable, un « don de Dieu » à l’Afrique et à l’humanité. En tant que béninois, africain et homme noir, le facilitateur a exprimé sa fierté d’œuvrer à la préservation et au rayonnement mondial de cet héritage.

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