Washington a sollicité 49 des 54 pays africains pour qu’ils accueillent des personnes expulsées des États-Unis. Le chiffre figure sur une carte interne datée de mars 2026, révélée le 21 septembre par une enquête du consortium Forbidden Stories, à laquelle The Washington Post a contribué. Le Ghana, le Rwanda, l’Eswatini, le Cameroun, le Soudan du Sud et la Guinée équatoriale avaient déjà reçu de tels migrants ; la démarche américaine couvre donc presque tout le continent.
Un bureau de 15 employés à la manœuvre
Les négociations relèvent de l’Office of Remigration, créé en mai 2025 au sein du Département d’État. Ce service, qui compte une quinzaine d’employés selon le média américain, est dirigé par Christian Ehrhardt, 41 ans, diplomate de carrière longtemps affecté à la sécurité des ambassades. D’après la carte du bureau, neuf des 49 pays approchés seraient engagés dans des discussions actives. Des délégations africaines et latino-américaines doivent rencontrer les responsables américains en septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York.
Sur le terrain, les transferts ont déjà eu lieu dans plusieurs pays. Selon l’enquête de RFI, des Vietnamiens ont été envoyés en Eswatini, des Colombiens en République démocratique du Congo et des Guinéens au Ghana. Au Soudan du Sud, huit hommes de nationalités diverses sont arrivés en juillet 2025 après un passage par Djibouti. Au Cameroun, huit migrants originaires du Sénégal, de Sierra Leone et d’Éthiopie sont arrivés à Yaoundé le 16 février, dont huit sur neuf protégés par des décisions de justice américaines contre l’expulsion. Le protocole d’accord signé en décembre a été suivi d’un programme de santé d’environ 400 millions de dollars, et le premier vol a atterri le 14 janvier. Dans plusieurs cas documentés par RFI, des personnes sont détenues sans décision de justice ou bloquées sans statut, et le pays tiers ne serait qu’une étape avant un renvoi vers l’État d’origine.
410 millions de dollars promis à 31 pays
Selon des documents internes examinés par le Washington Post, l’administration a autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour des accords avec 31 pays, en majorité africains et latino-américains, à la fin juin. Ce total comprend 81 millions de dollars de versements directs à 13 gouvernements. Des personnes proches du dossier affirment au journal que les contrats auraient été rédigés pour échapper aux garde-fous sur les droits humains qui encadrent l’aide étrangère.
Forbidden Stories recense au moins 25 447 personnes expulsées vers des pays tiers au 31 août 2026. Environ 20 000 l’ont été vers le Mexique, qui applique un accord informel, et la quasi-totalité des autres vers l’Afrique et l’Amérique latine. Le ministère de la Sécurité intérieure revendique 985 000 expulsions au total depuis le début du second mandat de Donald Trump.
Des refus et un précédent britannique
Tous les gouvernements n’ont pas cédé : le Nigeria a publiquement rejeté l’idée d’accueillir des migrants d’autres nationalités. Washington dispose par ailleurs d’un levier sur plusieurs capitales africaines. Selon l’IRIS, les États-Unis ont suspendu en janvier 2026 la délivrance de visas aux ressortissants de onze pays d’Afrique subsaharienne et restreint partiellement l’accès de quatorze autres.
Le principe de ces transferts n’est pas nouveau. En 2022, le Royaume-Uni avait conclu avec le Rwanda un accord d’expulsion de demandeurs d’asile contre des centaines de millions de livres d’aide, abandonné ensuite après des recours judiciaires et un changement de majorité. Aux États-Unis, la Cour suprême a confirmé en 2025 le pouvoir du gouvernement de procéder à des expulsions vers des pays tiers.



