Paris et Bakou accumulent les différends diplomatiques depuis 2023. Leurs désaccords concernent désormais des dossiers très différents. L’Azerbaïdjan a gracié mercredi 23 septembre le Français Martin Ryan, condamné en mars à dix ans de prison pour espionnage. Vingt-quatre heures plus tôt, les Européens avaient accepté de ne plus sanctionner Alicher Ousmanov, milliardaire russo-ouzbek dont la France réclamait la radiation.
La succession des deux décisions donne une portée diplomatique particulière à la grâce. Trois diplomates européens cités par Reuters avaient indiqué que Paris avait expliqué à ses partenaires que Bakou exerçait une pression concernant Ousmanov en lien avec deux Français emprisonnés en Azerbaïdjan. Les autorités azerbaïdjanaises ont rejeté cette version. La France avait invoqué des considérations de sécurité nationale pour justifier sa demande concernant le milliardaire.
Une grâce accordée après la décision européenne
Martin Ryan avait été arrêté à Bakou en décembre 2023. Directeur d’une entreprise installée dans la capitale azerbaïdjanaise, il était accusé d’avoir espionné pour le compte des services français. Un tribunal l’avait condamné le 16 mars 2026 à dix ans de détention. Paris a contesté les accusations et réclamé sa libération.
Mercredi, le Français figure parmi vingt condamnés bénéficiant d’une grâce du président Ilham Aliev. La décision intervient moins de vingt-quatre heures après un accord entre les États membres de l’Union européenne sur les sanctions liées à la guerre en Ukraine. Les mesures visant des milliers de personnes et d’entités liées à la Russie sont maintenues, tandis qu’Ousmanov et le milliardaire Mikhaïl Fridman ont été retirés de la liste.
La proximité des deux décisions nourrit l’hypothèse d’un arrangement diplomatique, sans qu’un échange formel ait été confirmé. Bakou nie avoir conditionné le sort des détenus français au dossier Ousmanov. Un autre Français, Anass Derraz, reste détenu en Azerbaïdjan. Condamné initialement à douze ans de prison dans une affaire de corruption, il a vu sa peine ramenée à neuf ans en appel en juin 2026.
Nouvelle-Calédonie et décolonisation, autre point de friction
Les rapports entre les deux pays s’étaient déjà dégradés après la reprise du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en septembre 2023 et le renforcement de la coopération militaire entre Paris et l’Arménie. Les tensions ont ensuite gagné la question des territoires français d’outre-mer.
Les autorités françaises accusent l’Azerbaïdjan d’appuyer des opérations d’influence liées à des mouvements indépendantistes, en particulier en Nouvelle-Calédonie. Selon le gouvernement français, les services de Viginum avaient recensé, entre janvier 2023 et mars 2025, plus de trente opérations informationnelles imputées à des acteurs azerbaïdjanais.
Bakou rejette les accusations d’ingérence et critique la politique de la France dans ses territoires ultramarins ainsi que sa position sur les questions de décolonisation. Le Groupe d’initiative de Bakou entretient des relations avec des mouvements indépendantistes de Nouvelle-Calédonie, de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane et d’autres territoires. Les autorités azerbaïdjanaises présentent ces actions comme un soutien aux revendications de décolonisation. Paris considère, de son côté, certaines initiatives venues d’Azerbaïdjan comme des opérations destinées à alimenter les tensions sur le territoire français.
Le 24 janvier 2025, des organisations indépendantistes réunies à Nouméa avaient officialisé la création du Front international de décolonisation. Douze organisations indépendantistes issues de territoires français participaient à cette initiative, soutenue par le Groupe d’initiative de Bakou.
Le dossier Ousmanov prolonge le différend entre Paris et Bakou
La question des Français détenus est venue s’ajouter aux désaccords entre les deux capitales. En septembre, deux décisions se sont succédé : Ousmanov a été retiré des sanctions européennes, puis Martin Ryan a bénéficié, dès le lendemain, d’une grâce présidentielle. Les deux gouvernements restent opposés sur plusieurs dossiers, des accusations françaises d’ingérence aux relations de Paris avec Erevan. Le maintien en détention d’Anass Derraz constitue un autre différend entre les deux pays.
Faute de confirmation officielle d’un accord, il n’est pas établi que la radiation d’Ousmanov ait constitué la contrepartie directe de la grâce de Ryan. Les informations de diplomates européens rapportées par Reuters relient toutefois les discussions concernant les ressortissants français à la demande de Paris sur l’oligarque russo-ouzbek. Bakou conteste avoir exercé une pression sur la France.



