Houthis : comment les USA ont lâché l'Arabie Saoudite à Oman

Une rencontre secrète entre des responsables américains et des représentants houthis a été révélée le 16 septembre par le quotidien britannique The Guardian. Tenue le week-end précédent à l’ambassade des États-Unis à Mascate, cette réunion expliquerait le choix de Washington de ne pas soutenir militairement Riyad, laissée seule face à la progression des rebelles yéménites.

D’après les informations révélées par The Guardian, cinq sources concordantes ont confirmé la tenue de cet échange resté confidentiel jusqu’à sa publication. Trois d’entre elles situent la rencontre dans l’enceinte même de l’ambassade américaine, tandis que deux autres précisent que le sultanat d’Oman — médiateur régional de longue date — en aurait facilité l’organisation. Mascate avait déjà accueilli, dès 2015, des pourparlers discrets entre Américains et Houthis, dans l’espoir de préparer une conférence de paix à Genève qui n’avait finalement jamais abouti. Onze ans plus tard, le scénario se répète, mais avec un rapport de force cette fois nettement plus favorable aux rebelles.

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Une offensive houthie qui s’intensifie depuis début septembre

La révélation de cette rencontre intervient alors que l’Arabie saoudite subit, depuis le 8 septembre, une vague de frappes d’une intensité inédite depuis 2022, ouvrant un nouveau front dans le conflit régional. Les rebelles ont notamment revendiqué une attaque combinant plusieurs dizaines de missiles balistiques et de drones contre la base aérienne du roi Khalid, à Khamis Mushait. Des installations pétrolières d’Aramco à Jizan et Najran, ainsi que l’aéroport régional de cette dernière ville, ont également été prises pour cible. Selon Riyad, au moins 73 personnes ont été blessées dans ces échanges, la coalition saoudienne ayant répliqué par plus de cinquante frappes aériennes sur le Yémen. Un drone aurait même été dirigé vers la ville de La Mecque, pendant que d’autres projectiles visaient plusieurs autres villes du royaume.

Cette escalade coïncide avec une offensive éclair menée par les insurgés, soutenus par l’Iran, qui leur a permis de s’emparer de larges portions du littoral occidental yéménite, repoussant les forces alliées de Riyad et consolidant leur emprise sur des zones stratégiques proches du détroit de Bab al-Mandeb.

Les assurances obtenues par Washington

Selon deux sources citées par The Guardian, les représentants houthis auraient garanti aux diplomates américains qu’ils n’avaient pas l’intention de s’en prendre aux navires américains et resteraient fidèles au cessez-le-feu conclu avec Washington en mai 2025. Une source précise que les insurgés se seraient également engagés à épargner les bâtiments israéliens et commerciaux, réservant un traitement à part aux navires liés à l’Arabie saoudite. La délégation houthie aurait compté deux figures basées à Mascate : Mohammed Abdulsalam, sous sanctions américaines, et Abdelmalik al-Ajiri.

Samedi, soit deux jours avant la révélation de la rencontre, le président Donald Trump avait déjà affirmé que les Houthis avaient sollicité son administration pour que Washington reste à l’écart du conflit yéménite. Le vice-président JD Vance avait confirmé lundi l’existence de contacts directs avec le groupe, sans en détailler la teneur.

Une Arabie saoudite livrée à elle-même

Un ancien diplomate américain, Nabeel Khoury, a évoqué auprès du Guardian l’existence d’une forme d’entente tacite entre Washington et les rebelles. Les États-Unis ont par ailleurs durci leurs consignes de sécurité pour leur personnel en Arabie saoudite, lui interdisant désormais de s’approcher à moins de 32 kilomètres de la frontière yéménite — signe que Washington mesure la gravité de la situation sans pour autant revenir sur sa posture de retrait.

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