Immigration : arrestation d'un Américano-Nigérian, ex-cadre pour trafic de cartes vertes aux USA

Lukman Owolabi Ganiyu, ressortissant américano-nigérian, a été interpellé le 2 septembre par des agents fédéraux à Dallas, avec son complice présumé Adeniyi Akeem Somoye. L’ancien agent supérieur de l’Immigration and Citizenship Services (USCIS) est accusé d’avoir monnayé pendant plus de six ans l’approbation de cartes vertes, de naturalisations et de pétitions familiales.

Un système de contournement de six ans

Selon la plainte pénale déposée le 31 août par le parquet fédéral du district nord du Texas, Ganiyu a utilisé sa position au sein de l’agence entre décembre 2019 et mars 2026 pour approuver ou accélérer des dossiers d’immigration en échange d’argent. Les formulaires concernés couvraient un large spectre de démarches : demandes de résidence permanente, pétitions de parrainage familial, levées de conditions de résidence et naturalisations. Les deux hommes sont poursuivis pour conspiration en vue de recevoir des gratifications illégales de la part d’un fonctionnaire public. Ils encourent chacun jusqu’à cinq ans de prison fédérale et 250 000 dollars d’amende.

Aucune de ces approbations n’aurait suivi le circuit réglementaire normal. Plusieurs demandeurs jugés inéligibles au regard du droit fédéral auraient ainsi obtenu gain de cause sans passer par un entretien, sans révision par un supérieur, et alors même que leur dossier relevait parfois d’une autre juridiction que celle de Ganiyu. Les vérifications d’antécédents habituelles auraient elles aussi été écartées. L’agent du FBI en charge du dossier à Dallas, R. Joseph Rothrock, a estimé que cette manipulation présumée des décisions d’immigration à des fins personnelles fragilise l’intégrité d’un processus essentiel à la sécurité nationale.

Près d’un million de dollars de transactions suspectes

Le train de vie de Ganiyu ne correspondait pas à son salaire déclaré, évalué à environ 407 838 dollars entre 2020 et 2025, période durant laquelle il n’aurait exercé aucun autre emploi. Les enquêteurs ont retracé au total près de 960 000 dollars de flux financiers suspects sur ses comptes : 287 830 dollars en dépôts d’espèces sans origine identifiée, auxquels s’ajoutent 671 438 dollars reçus via les applications Zelle et Cash App.

Un épisode montrerait le mécanisme selon les enquêteurs : en décembre 2022, Ganiyu se serait personnellement chargé du dossier de naturalisation de Somoye et l’aurait validé dans la journée. Les versements de son complice, pour un total de 138 392 dollars, se seraient échelonnés bien après, entre mai 2023 et janvier 2026. Des échanges WhatsApp fournis à la justice, comprenant des milliers de messages et des centaines d’appels téléphoniques, documenteraient les tractations entre les deux hommes.

L’enquête a débuté après un signalement reçu en mai 2025 par le bureau des enquêtes de l’USCIS, alléguant que Ganiyu sélectionnait certains dossiers en dehors des pratiques normales de l’agence. Un examen de son compte de messagerie professionnelle aurait ensuite révélé des relevés bancaires personnels liés aux transactions litigieuses. Ganiyu avait démissionné de l’agence le 21 mars 2026, invoquant des « raisons personnelles ».

Le procureur fédéral Ryan Raybould a dénoncé un abus flagrant de la confiance publique, prévenant que toute tarification d’un statut légal par un fonctionnaire fédéral entraînerait une intervention immédiate de son bureau. L’avocat de Ganiyu, Alfonso Cabanas, conteste pour sa part la caractérisation gouvernementale des transactions financières visées par la plainte et affirme que son client nie toute conduite criminelle.

Créée en 2003 dans le cadre de la réorganisation post-11-Septembre, l’USCIS traite chaque année plusieurs millions de demandes d’immigration, un volume qui limite structurellement les contrôles individuels approfondis sur chaque dossier.

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