Robert Dussey a rejeté tout rapprochement avec Moscou après que le Japon a laissé entendre que la résolution cartographique togolaise adoptée à l’ONU pourrait servir les intérêts russes dans le contentieux territorial qui oppose les deux pays. Interrogé par France 24 le 23 septembre, en marge de l’Assemblée générale à New York, le chef de la diplomatie togolaise a qualifié ces soupçons de « totalement faux », évoquant « un malentendu » d’interprétation autour du texte voté le 4 septembre.
Un soupçon né du contentieux russo-japonais sur les Kouriles
À l’origine de la polémique, un rapprochement établi par Tokyo entre deux dossiers a priori sans rapport. La résolution « Correct the Map », portée par Lomé au nom du Groupe africain, encourage l’adoption de la projection Equal Earth, jugée plus fidèle à la taille réelle des continents que la carte de Mercator utilisée depuis le XVIe siècle. Adopté par 164 voix contre une, celle des États-Unis, et six abstentions, le texte a toutefois suscité une réaction japonaise inattendue, le pays sous-entendant que le soutien togolais à la Russie sur la scène diplomatique aurait pu motiver ou orienter la démarche. Un procès d’intention que Robert Dussey a fermement écarté, invitant à distinguer projection cartographique et tracé des frontières.
Le différend territorial russo-japonais, lui, reste entier. Les îles Kouriles, administrées par Moscou et revendiquées par Tokyo depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’ont toujours pas fait l’objet d’un accord de paix formel entre les deux pays. Le dossier s’est envenimé cet été après la première visite de Vladimir Poutine sur l’archipel, suivie d’essais de missiles russes ayant provoqué une protestation officielle du gouvernement japonais.
« Aucune frontière ne s’est rétrécie »
Selon le ministre togolais, la réaction nippone reposerait sur une confusion entre deux registres distincts. « La carte Equal Earth dont nous parlons parle d’une projection de carte », a-t-il expliqué, précisant qu’« aucune frontière ne s’est rétrécie ou ne s’est agrandie depuis l’adoption » du texte. L’Ukraine, également abstentionniste lors du vote, avait pour sa part justifié sa position par la représentation de la Crimée sur certaines cartes dans une couleur distincte de celle du reste du territoire ukrainien — une question de tracé frontalier, et non de proportion des surfaces, que la résolution togolaise ne traite pas.
La projection Equal Earth, sur laquelle repose tout le texte adopté à l’ONU, n’a que huit ans d’existence. Elle a été conçue en 2018 par trois cartographes, Bojan Šavrič, Tom Patterson et Bernhard Jenny, précisément pour corriger les distorsions de surface héritées de la projection Mercator, elle-même mise au point par le géographe flamand Gerardus Mercator en 1569 à des fins de navigation maritime plutôt que de représentation géographique fidèle.
Washington seul opposant, Paris parmi les soutiens
Le ministre togolais est également revenu sur le vote négatif américain, l’administration Trump ayant dénoncé un « projet idéologique radical ». Robert Dussey a rejeté cette lecture, y voyant « d’abord une vérité scientifique » portée diplomatiquement par le Togo et l’Union africaine, dans la continuité d’une résolution sur les réparations adoptée en mars à l’initiative du Ghana. Il a par ailleurs salué le soutien de la France dont le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait pris la parole à la Sorbonne au lendemain du vote, dans un cadre de recomposition des relations françaises avec le continent africain.



