L’Europe porte une fragilité que ni ses budgets ni son matériel n’expliquent, selon des experts militaires réunis cette semaine lors d’un forum adossé à la Munich Security Conference : c’est l’absence de préparation psychologique de ses populations qui empêche aujourd’hui le continent de tenir une guerre d’usure face à la Russie. Cette conclusion, révélée par The Guardian le 5 septembre, désigne une faiblesse rarement mise en avant jusqu’ici — mais déjà jugée décisive par l’OTAN.
Cette alerte tombe dans un climat déjà tendu. La semaine passée a été marquée par de nouvelles sanctions occidentales contre Moscou, décidées après qu’une enquête allemande a attribué à la Russie l’introduction d’un drone explosif dans l’aéroport de Leipzig, plateforme logistique utilisée pour l’aide à l’Ukraine — une accusation démentie par le Kremlin. Le 2 septembre, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a répliqué depuis Vladivostok que les pays de l’OTAN « conduisent véritablement la situation vers un conflit militaire avec la Russie », tandis que le chef du renseignement extérieur russe, Sergueï Narychkine, évoquait deux jours plus tard un risque réel de guerre à grande échelle en Eurasie. Le forum munichois vient ajouter une dimension rarement évoquée jusqu’ici — celle de la résistance psychologique des populations, plus que celle des arsenaux.
Une opinion publique jugée non préparée à l’effort
D’après les participants au forum, cités par le quotidien britannique, l’incapacité de l’OTAN à envisager un conflit long tiendrait directement au manque d’adhésion des citoyens européens à l’idée d’un effort de guerre prolongé. Faute de cette résilience collective, l’Alliance serait contrainte de bâtir ses hypothèses de planification autour d’un affrontement bref plutôt qu’autour d’une guerre d’attrition, seule option jugée hors de portée dans l’état actuel des mentalités.
Un diplomate britannique aurait résumé la pauvreté du débat public consacré à cette menace en la comparant, sans détour, au niveau d’une « maternelle ». Un ancien ministre britannique aurait de son côté reconnu que les gouvernements occidentaux s’étaient montrés « nuls » pour expliquer à leurs opinions l’ampleur réelle de la confrontation hybride menée par Moscou, un silence qui aurait perduré sous plusieurs Premiers ministres successifs du Royaume-Uni.
Le populisme, obstacle supplémentaire à la coordination
La progression électorale des mouvements populistes dans plusieurs grandes puissances militaires européennes fragiliserait un projet en gestation : la constitution d’un groupe de cinq pays européens, Londres compris, chargé de reprendre une partie de la coordination défensive alors que les États-Unis amorceraient un désengagement de leurs moyens conventionnels sur le continent.
Des incidents qui alimentent les accusations
Ce constat sur la fragilité des opinions publiques s’ajoute à une série d’épisodes déjà attribués à la Russie par plusieurs capitales européennes. En septembre 2025, une vingtaine de drones russes avaient survolé sans autorisation le territoire polonais, tandis que trois chasseurs MiG-31 avaient violé l’espace aérien estonien pendant douze minutes — deux incidents ayant conduit Pologne et Estonie à activer l’article 4 du traité de l’Atlantique Nord.
Pour les participants du forum munichois, ces épisodes répétés montrent une stratégie russe fondée sur l’usure progressive plutôt que sur la confrontation frontale — une méthode qui, selon eux, exploiterait précisément le point faible identifié par l’OTAN : une Europe pas encore prête, dans les têtes, à affronter la durée.



