La U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a approuvé, le 16 septembre, une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour un projet d’uranium au Niger. Le conseil d’administration de l’agence fédérale américaine soutient ainsi le projet Dasa, porté par le groupe minier canadien Global Atomic, présenté comme le gisement d’uranium à plus haute teneur du continent africain. Cette annonce intervient deux ans après le départ forcé des troupes américaines du pays, à un moment où la France a déjà été écartée du secteur, tant militairement que sur le plan économique via son groupe Orano.
Un financement encore suspendu à plusieurs conditions
Le montant approuvé par la DFC ne représente pour l’instant qu’un feu vert, pas un décaissement. Plusieurs verrous restent à lever avant toute signature définitive : un accord direct doit d’abord être trouvé avec le gouvernement nigérien, condition jugée centrale par Global Atomic. La société doit également obtenir des garanties sur les autorisations de remboursement du prêt, tandis que sa convention minière et son permis d’exploitation devront être prolongés pour correspondre à la durée de la facilité de la DFC. Reste enfin à trouver une solution logistique crédible pour exporter le yellowcake produit sur le site, un enjeu déjà rencontré par d’autres opérateurs miniers dans la région, comme détaillé plus loin.
Les documents finaux de financement doivent, de leur côté, encore être négociés avec l’agence américaine. Le projet, détenu à 80 % par Global Atomic et à 20 % par l’État du Niger via la Société Minière de Dasa, vise une production commerciale au second semestre 2028, avec une capacité estimée à 68,1 millions de livres d’U₃O₈ sur 23 ans. Environ 700 personnes travaillaient déjà sur le site en mai dernier, et des contrats d’enlèvement couvrent 11 % du plan minier actuel.
Washington cherche à sécuriser une ressource stratégique face à ses rivaux
Ce financement répond à une rivalité pour l’accès à l’uranium nigérien. Le Niger est le septième producteur mondial de ce minerai, une ressource jugée stratégique pour l’approvisionnement énergétique et militaire américain. Des sources proches du dossier ont indiqué que l’ambassadeur des États-Unis avait poussé Washington à renouer avec Niamey et à soutenir ce projet, à un moment où l’administration Trump privilégie les accords économiques directs sur le continent africain.
L’objectif affiché par ces mêmes sources dépasse la seule question diplomatique : il s’agirait d’empêcher que cette ressource critique ne bascule durablement dans l’orbite de puissances rivales, au premier rang desquelles la Russie. Depuis le départ des forces américaines en 2024, les nouvelles autorités nigériennes s’appuient sur des paramilitaires russes pour leur sécurité, plutôt que sur des partenaires occidentaux. Ce rapprochement sécuritaire avec Moscou faisait craindre, côté américain, qu’un accès privilégié à l’uranium nigérien ne suive la même trajectoire que la coopération militaire, un basculement progressif vers la sphère d’influence russe, au détriment des intérêts occidentaux dans un secteur sensible pour la production d’énergie nucléaire comme pour l’armement.
Le financement de la DFC viserait à couper court à cette dynamique, en donnant à un acteur nord-américain les moyens financiers de sécuriser durablement l’exploitation du gisement Dasa avant que d’autres puissances ne s’y positionnent.
Comment la France a perdu ses positions dans l’uranium nigérien
Le retrait américain de 2024 n’a pas été le seul revers subi par une puissance occidentale au Niger. En juin de la même année, les autorités nigériennes ont retiré à Orano le permis d’exploitation du gisement d’Imouraren, l’un des plus importants au monde avec environ 200 000 tonnes de réserves estimées.
Le ministère nigérien des Mines avait justifié cette décision par l’absence de reprise des travaux d’exploitation dans le délai imparti, malgré deux mises en demeure successives. Quelques mois plus tard, en octobre 2024, Orano a également dû suspendre la production sur son site de Somaïr, à Arlit, faute d’autorisations d’exportation, les frontières avec le Bénin restant fermées. Le groupe français avait alors indiqué que ses propositions alternatives, notamment par voie aérienne via la Namibie, étaient restées sans réponse. Ce recul progressif de la présence française reflète la volonté affichée par les autorités militaires de reprendre le contrôle de leurs ressources minières, une orientation qui ouvre aujourd’hui la voie à de nouveaux acteurs.
Un secteur toujours sous tension
Le projet Dasa reste exposé à des risques persistants. Le site a déjà fait face à des attaques jihadistes répétées, et une tentative de mutinerie a visé le mois dernier la présidence ainsi qu’une base aérienne stratégique du pays.



