Bab el-Mandeb : lâché par Trump, MBS appelle Israël et l'Égypte à l'aide

Les Houthis contrôlent désormais l’intégralité du détroit de Bab el-Mandeb, y compris l’île stratégique de Mayyun. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a sollicité l’aide indirecte d’Israël et l’appui direct de l’Égypte pour contenir cette avancée, après avoir échoué à obtenir une intervention militaire américaine.

Un feu vert refusé par Washington

Selon des responsables américains cités par Axios, ben Salmane a joint le président Donald Trump à deux reprises jeudi dernier. Un premier appel pour l’informer de la chute de la ville côtière de Mocha, un second pour réclamer des frappes directes contre les positions houthies menaçant le détroit. Dans les deux cas, la réponse a été négative.

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L’administration américaine entend maintenir la priorité militaire sur l’Iran et Ormuz plutôt que d’engager un théâtre supplémentaire. Washington a toutefois accepté de transmettre à Riyad des données de renseignement et de ciblage, via les quelque 200 militaires déjà déployés sur le sol saoudien en appui non-cinétique. Ce refus tranche avec la position de juillet, quand le royaume affirmait pouvoir gérer seul la menace houthie.

Faute d’obtenir l’engagement direct des États-Unis, Riyad a élargi ses démarches. La sollicitation d’Israël s’est faite de façon indirecte, via le commandement militaire américain CENTCOM, pour une assistance en renseignement. L’appel à l’Égypte et aux pays du Golfe, lui, a été direct. Des sources diplomatiques du Golfe indiquent que Le Caire soutient la démarche saoudienne et a lui-même relayé la demande auprès des Américains.

Ormuz déjà fermé, Bab el-Mandeb en plus

Cette crise s’ajoute à un blocage déjà ancien du détroit d’Ormuz. Depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février 2026, Téhéran a imposé un contrôle quasi total sur ce passage par lequel transitait auparavant plus d’un cinquième du pétrole mondial. Le trafic y est tombé de plus de cent navires par jour à environ cinq, selon des données citées par Al Jazeera.

Les répercussions dépassent le seul pétrole. La région du Golfe fournit près de 45 % du soufre mondial et un tiers de l’hélium consommé sur la planète, tandis que plus de 30 % de l’urée exportée dans le monde transitait par Ormuz avant la guerre. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il s’agit de la plus importante rupture d’approvisionnement jamais enregistrée sur le marché pétrolier mondial. Les compagnies maritimes ont dû dérouter leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets de dix à vingt jours et faisant grimper les tarifs de fret jusqu’à 50 % pour les importateurs américains.

Pour l’Arabie saoudite, cette situation était déjà critique : le royaume ne dispose que de routes alternatives limitées pour ses exportations énergétiques. La prise de Bab el-Mandeb par les Houthis referme une seconde issue maritime et prive Riyad d’une marge de manœuvre déjà réduite par la fermeture d’Ormuz. Ce double verrouillage explique l’urgence des appels lancés par ben Salmane ces derniers jours.

Une coalition fragilisée face à l’avancée houthie

Une coalition navale de quatorze pays, formée fin juillet sous l’impulsion de Riyad pour sécuriser Bab el-Mandeb, n’a pas empêché la prise de contrôle du détroit par les rebelles pro-iraniens. L’Égypte, la Turquie, le Qatar, le Bahreïn et la Jordanie figuraient parmi les signataires, mais ni les Émirats arabes unis ni Oman n’avaient rejoint l’initiative.

Une source yéménite a par ailleurs indiqué au média Israel Hayom que les choix politiques saoudiens avaient créé un vide ayant permis aux Houthis d’étendre leur emprise sur la zone. Le détroit assure le passage d’environ 10 à 12 % du commerce maritime mondial, ce qui explique l’ampleur des sollicitations diplomatiques engagées par Riyad depuis le refus américain.

Ni Tel-Aviv ni Le Caire n’ont pour l’heure confirmé publiquement la nature de leur réponse aux sollicitations saoudiennes, laissant planer l’incertitude sur l’ampleur du soutien que Riyad pourra effectivement mobiliser face aux Houthis.

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