Une alliance européenne contre Starlink d'Elon Musk pour le spectre satellite

Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica discutent de la création d’un consortium commun pour candidater au spectre satellite européen. L’objectif consiste à faire émerger une alternative européenne à Starlink Mobile, le service de connexion directe aux téléphones portables opéré par la filiale de SpaceX.

Douze millions d’abonnés et une ambition mondiale

L’entreprise d’Elon Musk n’a cessé d’accélérer sa progression ces derniers mois. Starlink revendiquait 12 millions d’abonnés actifs répartis dans plus de 160 pays fin juin 2026, soit un doublement en un an. La constellation dépasse désormais 10 200 satellites en orbite basse, ce qui représente une part majoritaire des engins spatiaux actifs autour de la Terre.

Le service de connexion directe aux smartphones, rebaptisé Starlink Mobile, suit une trajectoire similaire : SpaceX vise 25 millions d’utilisateurs actifs d’ici la fin de l’année, contre environ 10 millions au premier trimestre. Cette montée en puissance s’appuie sur des partenariats noués avec des opérateurs locaux plutôt que sur une acquisition directe de clients, une stratégie qui permet à l’entreprise de contourner les contraintes réglementaires pays par pays. C’est ce terrain que les opérateurs européens cherchent désormais à disputer à SpaceX avant que la position de Starlink ne devienne difficile à déloger.

Un tiers du spectre réservé à un acteur européen

La Commission européenne a proposé le 27 mai d’organiser une procédure de sélection unique à l’échelle de l’Union pour attribuer les futures licences de la bande 2 GHz, dédiée aux services mobiles par satellite. Grâce à ces fréquences, un smartphone classique reste joignable même en dehors de toute couverture par antenne relais — une capacité aujourd’hui exploitée par Viasat et EchoStar, titulaires des licences depuis 2009. Ces droits d’exploitation s’éteindront en mai 2027, ouvrant la voie à une nouvelle attribution.

Le projet de Bruxelles prévoit de diviser cette ressource en trois parts égales : un tiers réservé à un acteur placé sous contrôle européen, un tiers destiné à IRIS², la constellation souveraine portée par SES, Eutelsat et Hispasat, et un dernier tiers ouvert à la concurrence internationale. SpaceX s’oppose à ce découpage, qui limiterait sa capacité à candidater sur le segment réservé aux acteurs européens.

Une situation complexe pour Vodafone

Les quatre opérateurs concernés couvrent déjà la majorité des abonnés mobiles sur les principaux marchés de l’Union, ce qui en ferait des candidats bien placés pour ce dossier. Aucune décision définitive n’a été prise sur la constitution formelle du consortium, et les directions des groupes se refusent à tout commentaire officiel.

Le cas de Vodafone illustre la complexité du dossier : l’opérateur britannique est déjà engagé dans une coentreprise à parité avec l’américain AST SpaceMobile, sous la bannière Satellite Connect Europe. Cette structure devrait probablement être réaménagée pour répondre aux critères de contrôle majoritairement européen exigés par le futur règlement. Deutsche Telekom a par ailleurs signé un partenariat séparé avec Starlink lors du Mobile World Congress 2026, pour couvrir les zones blanches de dix pays européens à partir de 2028.

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