Bénin : L'Etat, désormais à l'avant-garde du consommons local

Depuis début septembre, les administrations béninoises ne peuvent plus remplacer à la légère un produit local par un produit importé. Une circulaire fait de la commande publique un levier pour les producteurs, les artisans et les transformateurs du pays. Une nouvelle mesure que tout acteur de la commande publique est appelé à suivre.

Quand l’État fait ses courses, tout le monde regarde. Et depuis quelques semaines, il a décidé de les faire à la maison. Une lettre circulaire du ministre de l’Économie et des Finances, Aristide Médénou, datée du 4 septembre 2026 et publiée par l’ARMP le 10 septembre, oblige les administrations, institutions et autres entités publiques à acheter localement les produits d’une liste de huit catégories. Le texte vise des artisans, des unités de production et des entreprises locales habilités. Il touche des produits très divers, du riz et du gari aux uniformes, en passant par les jus, les savons, le mobilier scolaire ou les briques. 

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Un garde-fou plutôt qu’une simple recommandation

Ce qui change vraiment, c’est la porte de sortie. Le recours à un produit importé en remplacement est soumis à une autorisation préalable du ministre. Cette règle vaut de l’expression du besoin jusqu’à la réception de la commande. Les produits achetés doivent aussi respecter les normes et les exigences de qualité du Répertoire des prix de référence. Sa version en ligne de la liste des produits fabriqués localement a été publiée le 13 septembre. 

Pour mesurer l’enjeu, il faut regarder le poids de la dépense publique. Entre 2020 et 2022, la valeur moyenne des marchés passés au Bénin s’élevait à environ 534 milliards de FCFA, soit près de 23 % du budget général de l’État, selon une étude parue dans la Revue internationale des sciences de gestion. Quand un client pèse près d’un quart du budget, sa préférence change la vie d’un menuisier, d’une petite huilerie ou d’une rizerie de quartier. Une commande régulière vaut mieux que dix ventes incertaines. 

Aucun produit ne raconte mieux cet enjeu que le riz, cité en toutes lettres dans la liste. Selon la Direction de la statistique agricole, la récolte de paddy a atteint 492 626 tonnes en 2023. Elle n’a donné qu’environ 350 000 tonnes de riz usiné, alors que la consommation intérieure était estimée à près de 600 000 tonnes par la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin, d’après l’Agence Ecofin. Le pays comble l’écart par des importations, venues surtout d’Asie.

Le projet d’appui à la compétitivité des filières agricoles et à la diversification des exportations (PACOFIDE) rappelle de son côté que le secteur reste dominé par de petites rizeries artisanales, de 1 à 10 tonnes par jour, souvent sans lien avec les organisations de producteurs. Une demande publique stable pourrait leur offrir ce qui leur manque le plus : un acheteur régulier, capable de sécuriser leurs ventes et de justifier des investissements dans le tri, le séchage ou l’emballage.

Soulagement chez les PME, vigilance sur les prix

Du côté des entreprises, l’accueil s’annonce favorable. Il s’agit d’une bouffée d’oxygène pour de nombreuses PME. Ahissou Tohossi, membre d’une coopérative de producteurs de riz dans la vallée de l’Ouémé se réjouit « Chaque année, c’est la même chose : la récolte est là, mais il faut chercher l’acheteur. Souvent, c’est celui qui vient avec l’argent en main qui décide du prix. Si les administrations prennent du riz d’ici, ça veut dire qu’on pourra vendre à quelqu’un de sûr, et pas seulement au premier venu. Pour l’instant, je n’ai pas encore reçu de commande, mais je préfère ça à l’incertitude. À nous de bien trier et de livrer un riz propre pour mériter cette confiance. »

Athanase Dégan, lui est menuisier, détenteur d’une sellerie à Abomey-Calavi. Pour lui, c’est une très bonne nouvelle, même si cela appelle à plus d’effort. « Pendant longtemps, quand on parlait de gros marchés, on pensait que ce n’était pas pour nous. Maintenant que l’État dit qu’il faut d’abord regarder chez les artisans du pays, on se sent enfin considérés. Si j’ai des commandes régulières, je peux garder mes apprentis, acheter du bon bois et améliorer mes finitions. Il faudra bien sûr que je sois en règle et que je respecte les normes, mais je suis prêt à faire l’effort. »

Attention quand même

 Il faut toutefois mettre en garde contre un risque de surenchère et de tensions sur les marchés, au détriment des consommateurs. L’inquiétude est légitime. Si les commandes publiques absorbent une bonne part d’une production locale encore limitée, les prix pourraient grimper pour les ménages. Mais là encore l’Etat s’imposera en régulateur du marché.

Ce sera aussi une question d’accès. L’Agence de développement des PME rappelle qu’une entreprise doit être formalisée pour se voir attribuer un marché officiel. Le cadre s’assouplit néanmoins. Une circulaire de l’ARMP signée le 26 août 2026 demande de réserver le rejet aux manquements qui touchent réellement aux exigences essentielles du dossier. Une campagne nationale, du 15 au 18 septembre, a expliqué cette règle à 2 268 acteurs. Le message est clair : préférence locale, oui, mais avec des règles lisibles pour les petits fournisseurs. 

Montrer l’exemple

En se posant en premier client du « consommons local », l’État s’expose aussi. Il est difficile de demander aux ménages de préférer le riz ou le gari béninois si les administrations, elles, continuent d’acheter ailleurs. Le pari est celui d’un cercle vertueux : des commandes régulières, des équipements modernisés, une qualité qui progresse, puis des étals de quartier mieux garnis en produits d’ici.

Le verdict se lira dans les prochains mois, à travers les quantités livrées, la qualité constante et des prix supportables. Une circulaire ouvre la porte. Ce sont les producteurs, les transformateurs et les acheteurs publics qui devront désormais la franchir.

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