Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique et fondateur de la raffinerie éponyme au Nigeria, a averti jeudi 17 avril que la flambée des prix du pétrole provoquée par le blocage du détroit d’Ormuz menaçait directement la survie des compagnies aériennes africaines et la prochaine saison agricole du continent. Ces déclarations ont été faites lors du Sommet mondial de l’économie organisé par Semafor, à Washington.
Les compagnies aériennes africaines face à une équation financière intenable
La volatilité des cours du brut pèse directement sur les coûts d’exploitation des transporteurs aériens africains. Dangote a décrit des fluctuations intraday pouvant atteindre dix dollars le baril, une situation qu’il a qualifiée d’inédite. « La majorité des compagnies aériennes africaines ne pourront pas survivre », a-t-il déclaré.
La situation est déjà critique au Nigeria : plusieurs compagnies aériennes locales ont annoncé qu’elles suspendraient leurs opérations avant le 20 avril si les prix du carburant d’aviation ne revenaient pas à des niveaux supportables. Le secteur aérien africain, structurellement dépendant du kérosène importé et exposé aux dépréciations monétaires, dispose de peu de marges pour absorber de tels chocs tarifaires.
Depuis fin février 2026, la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran bloque le transit d’environ 20 % du pétrole mondial. Le baril de Brent a franchi le seuil des 110 dollars, entraînant des hausses à la pompe dans plus de 95 pays selon les données disponibles.
Une saison agricole menacée par la flambée des engrais
Le blocage du détroit d’Ormuz perturbe également les exportations d’engrais en provenance du Golfe Persique, région qui approvisionne une part significative du marché africain. Le prix de l’urée, principal engrais azoté utilisé sur le continent, est passé d’environ 400 à 850 dollars la tonne en l’espace de deux mois, selon les chiffres avancés par Dangote.
Cette hausse survient à l’approche de la saison des semis dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, où les délais d’approvisionnement laissent peu de temps aux gouvernements pour réagir. Dangote a explicitement appelé les États africains à mettre en place des subventions d’urgence pour éviter une contraction de la production alimentaire. La FAO a de son côté appelé à ne pas restreindre les exportations d’engrais liées au conflit, selon des informations publiées ces dernières semaines.
La double pression sur les coûts du carburant et des intrants agricoles fait craindre une accélération de l’inflation alimentaire dans des économies déjà fragilisées. La Banque centrale sud-africaine aurait laissé entendre que des hausses de taux pourraient être envisagées pour contenir ces risques, selon des sources citées par des médias financiers.
Dangote a indiqué qu’un accord diplomatique entre Washington et Téhéran constituerait le principal levier de stabilisation des marchés pétroliers, tout en précisant que même un tel scénario demanderait plusieurs mois avant que les chaînes d’approvisionnement retrouvent un fonctionnement normal.


