Voyager entre deux capitales africaines implique, dans la plupart des cas, un détour par Dubaï, Londres ou Paris. Cette réalité structurelle du transport aérien continental — héritée du sous-équipement historique des hubs régionaux — pourrait être remise en cause par le chantier le plus ambitieux que l’Afrique ait jamais lancé dans le secteur de l’aviation. Le 10 janvier 2026, Ethiopian Airlines a officiellement démarré la construction de l’aéroport international de Bishoftu, à 45 kilomètres au sud-est d’Addis-Abeba, pour un coût estimé à 12,5 milliards de dollars.
Bole saturé, Dubaï et Atlanta comme étalons
La compagnie publique éthiopienne opère aujourd’hui depuis l’aéroport de Bole, dont la capacité maximale est de 25 millions de passagers par an. Selon les déclarations du Premier ministre Abiy Ahmed lors de la cérémonie de lancement, ce seuil sera atteint dans les deux à trois prochaines années sous l’effet de la croissance continue du trafic. Sans infrastructure de remplacement, Ethiopian Airlines — premier transporteur africain par flotte, revenus et nombre de destinations — perdrait sa capacité à absorber de nouveaux flux.
L’ambition de Bishoftu se mesure à l’aune des grands hubs mondiaux. L’aéroport international de Dubaï a enregistré 95,2 millions de passagers en 2025, un record absolu pour le trafic international, selon Dubai Airports — mais l’aéroport opère désormais à la limite de sa capacité physique. Hartsfield-Jackson d’Atlanta, premier aéroport mondial tous trafics confondus, en a accueilli 106 millions la même année. Bishoftu vise 110 millions de passagers à terme, avec une première phase à 60 millions dès 2030.
Un terminal inspiré du Grand Rift, conçu pour le transit
Le projet architectural, confié au cabinet Zaha Hadid Architects, prend la forme d’un terminal en X de 660 000 mètres carrés, dont la configuration centrale s’inspire du Grand Rift éthiopien. Quatre pistes, des aires de stationnement pour 270 appareils et des couloirs naturellement ventilés composent une infrastructure pensée avant tout pour les passagers en transit : Ethiopian Airlines prévoit que 80 % du trafic sera constitué de correspondances.
Le site, d’une superficie de 35 kilomètres carrés, inclura également une cité aéroportuaire dotée d’installations de maintenance, d’un hôtel, d’un centre commercial et d’une zone industrielle, selon le communiqué officiel d’Ethiopian Airlines Group. Une ligne ferroviaire à grande vitesse de 38 kilomètres et une autoroute multivoies relieront Bishoftu à Addis-Abeba.
30 % financés, 8 milliards encore à lever
Ethiopian Airlines couvrira 30 % du coût total sur fonds propres, soit environ 3,75 milliards de dollars. Les 8,75 milliards restants font l’objet de négociations avec plusieurs partenaires internationaux. La Banque africaine de développement, désignée arrangeur principal, a confirmé un engagement de 500 millions de dollars. Des discussions sont en cours avec des institutions américaines, chinoises et italiennes, selon Abraham Tesfaye, directeur de l’infrastructure d’Ethiopian Airlines.
« Bishoftu marque un bond historique dans le parcours de l’aviation africaine, en renforçant significativement le commerce, le tourisme et les affaires à travers le continent », a déclaré Mesfin Tasew, PDG du groupe Ethiopian Airlines, dans le communiqué officiel de la compagnie.
Un premier lot de 610 millions de dollars a été alloué aux travaux de terrassement, dont l’achèvement est attendu d’ici la fin de l’année. Le début du gros œuvre est fixé à août 2026, pour une ouverture de la première phase en 2030.



