Drones militaires : la France mise sur des modèles moins chers pour rattraper son retard

Face à la montée en puissance des drones militaires bon marché sur les champs de bataille, la France accélère sa transition vers des appareils moins coûteux et plus agiles. Selon Opex News ce 27 avril, cette réorientation intervient après des années d’investissements dans des systèmes sophistiqués désormais jugés trop lents et vulnérables aux environnements saturés de brouillage électronique. L’urgence est d’autant plus pressante que le reste du monde n’attend pas.

En Ukraine, les deux belligérants tirent désormais des volumes que peu d’armées occidentales pourraient soutenir — l’Ukraine a lancé plus de 7 300 drones en mars 2026 contre le territoire russe, dépassant pour la première fois les frappes russes. La Chine a présenté en janvier 2026 un système où un seul opérateur supervise plus de 200 appareils autonomes, et positionne des centaines de chasseurs convertis en drones d’attaque face à Taïwan. Les États-Unis préparent des essaims de milliers de vaisseaux autonomes dans l’Indo-Pacifique. Face à cette accélération globale, le retard français apparaît saisissant : quelques centaines de drones kamikazes seulement ont été produits sur l’ensemble de l’année 2025.

L’armée de Terre restructure ses unités et accélère les commandes

Selon Opex News, cinq nouveaux escadrons de drones, similaires à celui du 1er RIMa, devraient être mis en place au sein des brigades de la 1ère division. Pour soutenir cette montée en puissance, l’armée de Terre prévoit l’acquisition d’au moins 10 000 drones cette année, alors que son parc actuel est estimé à environ 4 000 appareils. À Chaumont, en Haute-Marne, l’École des drones dispose depuis 2025 de la plus grande salle d’entraînement aux drones de combat en Europe, avec plus de 1 000 m² sécurisés par des filets en kevlar. L’objectif affiché est de former entre 100 et 150 instructeurs par an.

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Dans le même temps, la start-up Harmattan AI montre la rapidité de montée en puissance du secteur. Elle a livré 1 000 drones Sonora à l’armée de Terre au début de l’année pour l’exercice ORION 2026. Chaque appareil, pesant 1,8 kg, offre environ 40 minutes d’autonomie et coûte moins de 1 000 euros. Cette commande a permis à l’entreprise de devenir la première licorne de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) française, avec une valorisation dépassant le milliard d’euros.

Le programme Patroller sacrifié, ADAPT1 lancé

La guerre en Ukraine a également remis en cause plusieurs programmes jugés trop coûteux ou trop vulnérables. C’est notamment le cas du drone tactique Patroller de Safran, qui, après dix ans de développement et environ 330 millions d’euros investis, est désormais partiellement abandonné. Dans une situation de guerre électronique intense, un appareil de 1,5 tonne émettant en continu serait neutralisé en quelques minutes. La Direction générale de l’armement (DGA) a ainsi lancé un appel d’offres pour le programme ADAPT1, destiné à lui trouver un remplaçant plus léger et plus agile.

Dans ce cadre, le programme Chorus apparaît comme la nouvelle référence du segment intermédiaire. Développé par Turgis & Gaillard en partenariat avec Renault, il s’agit d’un drone de grande envergure (10 mètres), capable d’emporter 500 kg de charge utile sur 3 000 km, pour un coût unitaire d’environ 100 000 euros. La DGA ne prévoit d’en recevoir qu’une dizaine d’exemplaires dès cet été pour des évaluations, avec un premier vol attendu en septembre 2026.

Au-dessus de ce segment, le One Way Effector (OWE), développé par MBDA et Aviation Design, doit permettre des frappes à environ 500 km avec une charge de 40 kg, mais ses premières livraisons ne sont pas attendues avant 2027.

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