Afrique : la France ne serait pas ce qu'elle est sans le FCFA, selon Norbert Navarro (vidéo)

Norbert Navarro, ancien rédacteur en chef de Radio France Internationale (RFI) et chroniqueur sur Global Africa Télésud, était l’invité de Sud Radio le 13 mai, pour évoquer les relations entre la France et l’Afrique, à l’occasion de l’annonce par Emmanuel Macron d’un plan d’investissement de 14 milliards d’euros sur le continent, dans le cadre d’un programme global de 23 milliards dévoilé à Nairobi avec le président du Kenya.

Le franc CFA, pilier discret de l’influence française

Sur la question des intérêts réels qui lient Paris au continent africain, Navarro est direct : « La France ne serait pas ce qu’elle est sans la zone franc et le franc CFA des 14 pays. Le système de Gaulle, il perdure. Même si Burkina Faso, Mali et Niger ont rompu avec la France, quelle est la monnaie qui circule ? Le franc CFA. Ils n’ont pas coupé tous les liens. »

Le franc CFA, créé en 1945, reste aujourd’hui la monnaie commune de quatorze pays africains répartis en deux zones — l’UEMOA en Afrique de l’Ouest et la CEMAC en Afrique centrale — arrimée à l’euro à parité fixe de 655,957 francs pour un euro, garantie par le Trésor français. Ce système monétaire alimente depuis des années un débat sur la souveraineté économique des États africains qui l’utilisent.

Un projet de remplacement que Paris freinerait

Navarro évoque également l’avenir incertain de cette monnaie : « On pense créer un franc de la CEDEAO, projet adossé au Nigeria. La France s’y oppose. » Il envisage d’autres scénarios pour les pays du Sahel ayant rompu avec Paris : « Prochaine monnaie, peut-être dollar, rouble ou yuan. »

Ces déclarations interviennent alors que l’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger — a annoncé son intention de créer une monnaie commune baptisée « Sahel », dont le calendrier de mise en œuvre n’est pas encore arrêté. Le projet Eco de la CEDEAO, lui, est repoussé depuis 2020 en raison de désaccords entre les quinze États membres. Sur la Françafrique, Navarro conclut sans ambiguïté : « On a été pris la main dans le pot de confiture. Macron tient un discours mais sur le terrain c’est autre chose. »

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