Le Pentagone a annulé le déploiement de 4 200 soldats américains en Pologne, selon cinq responsables américains cités par ABC News jeudi 14 mai. La décision, qui intervient deux semaines après le retrait annoncé de 5 000 hommes stationnés en Allemagne, ramène la présence militaire américaine en Europe à son niveau d’avant le début de la guerre en Ukraine en février 2022.
La 2e Brigade blindée de combat de la 1re Division de cavalerie, basée à Fort Hood au Texas, devait assurer une rotation de neuf mois en Pologne et dans plusieurs pays d’Europe centrale. Une partie des équipements — dont 87 chars M1 Abrams, 152 véhicules de combat Bradley et 18 systèmes d’artillerie Howitzer — avait déjà été acheminée vers les ports européens lorsque les soldats ont reçu l’ordre de suspendre leur départ.
Une décision directement liée à la guerre en Iran
La friction remonte à fin avril, lorsque le chancelier allemand Friedrich Merz avait déclaré que les États-Unis étaient « humiliés » par l’Iran, comparant l’Opération Epic Fury — offensive militaire américano-israélienne lancée le 28 février — aux interventions en Afghanistan et en Irak. Donald Trump avait répondu vigoureusement, estimant que Merz « ne sait pas de quoi il parle », avant d’ordonner le retrait des troupes d’Allemagne. Un haut responsable du Pentagone a justifié l’ensemble de ces retraits en affirmant que « les Européens n’ont pas été au rendez-vous quand l’Amérique en avait besoin ».
La Pologne, qui n’a pas adopté de position critique sur le dossier iranien, a néanmoins été incluse dans cette réduction. Le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a cherché à minimiser l’impact, affirmant que la décision « ne concerne pas la Pologne » mais « le réajustement de la présence américaine en Europe ». Une source distincte au sein du gouvernement polonais a reconnu que l’annulation était arrivée « comme une surprise ».
Des sénateurs américains réclament des explications
La décision a suscité des critiques dans les deux partis au Congrès américain. Des sénateurs ont demandé un briefing d’urgence au Pentagone, dénonçant un signal négatif adressé simultanément aux alliés de l’OTAN et au président russe Vladimir Poutine, dont les forces ont mené cette semaine l’une des attaques les plus meurtrières sur Kiev depuis le début du conflit.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth n’a pas commenté publiquement la décision concernant la Pologne. Selon des responsables américains cités par l’AP, la réduction totale — entre la Pologne, l’Allemagne et potentiellement d’autres pays — pourrait atteindre 5 000 soldats, mais la planification interne reste en cours. Trump a laissé entendre que les coupes iraient « bien au-delà » de ce chiffre, évoquant également un possible retrait de troupes stationnées en Italie et en Espagne.



