La Banque mondiale a publié le 28 avril 2026 un rapport analytique sur la croissance et l’emploi au Maroc, intitulé Scaling the Atlas: Growth and Jobs for a Prosperous Morocco. Le document, élaboré en collaboration avec le gouvernement marocain, établit que le Royaume génère chaque année nettement moins d’emplois que sa démographie n’en exige — et que ce sont les jeunes et les femmes qui absorbent l’essentiel du déséquilibre.
Le Haut-Commissariat au Plan fixait à 13 % le taux de chômage national à fin 2025, soit environ 1,62 million de personnes sans emploi. Derrière cette moyenne nationale, les écarts sont saisissants : 38,4 % chez les jeunes, 21,6 % chez les femmes, 19 % parmi les diplômés. Le taux d’activité féminin figure parmi les plus faibles au monde, et la Banque mondiale relève qu’il continue de se dégrader malgré la progression du niveau d’études des femmes marocaines.
Un déficit qui s’aggrave depuis vingt ans
Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé environ 2,5 fois plus vite que l’emploi. La Banque mondiale chiffre le manque à 215 000 postes par an en moyenne sur cette période. Sur les cinq dernières années — entre 2020 et 2024 —, le déficit annuel a atteint 370 000 emplois, soit une aggravation sensible par rapport au début du siècle.
Le rapport attribue ce décalage à plusieurs blocages structurels : environ 40 % des industries marocaines opèrent dans un environnement insuffisamment concurrentiel, ce qui freine la croissance des entreprises et comprime leur capacité à recruter. L’économie informelle représente près de 45 % de l’emploi total, selon les estimations disponibles, limitant la portée des réformes du marché du travail formel.
Les secteurs modernes ne compensent pas
L’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables ont renforcé la compétitivité du Maroc, mais ces filières à forte valeur ajoutée ne génèrent pas un volume d’emplois proportionnel aux investissements engagés. La Banque mondiale estime que la prochaine phase de développement dépendra largement de la capacité du secteur privé à prendre le relais de l’investissement public, aujourd’hui prépondérant.
Le rapport formule des recommandations articulées autour de quatre axes : marchés plus compétitifs, entreprises plus dynamiques, investissements publics mieux ciblés et marchés du travail plus inclusifs. La Banque mondiale projette que leur mise en œuvre effective pourrait générer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et 2,5 millions à l’horizon 2050, avec un PIB réel supérieur d’environ 20 % au scénario tendanciel. Un financement de 500 millions de dollars, approuvé par l’institution le 10 avril 2026, doit soutenir en priorité l’emploi des jeunes et des femmes dans le cadre du Cadre de partenariat pays 2025-2029.



